La rencontre entre Vincent Ségal et Ballaké Cissoko est de celle dont on se dit avant même de poser le disque sur la platine qu'elle va être riche, belle, soyeuse.
Au delà même de la personnalité des deux musiciens, leurs instruments respectifs. Le violoncelle et la kora, les nobles instruments de la musique mandingue et de la musique écrite européenne, leurs mystiques de cordes sont deux instruments mythiques qui ne demandait qu'à mêler leurs timbres. Au delà même de ces deux instruments l'approche du jeu des deux musiciens. Ségal comme Cissoko se placent dans une sorte d'orthodoxie fureteuse ouverte aux autres et cherchant à acquérir de l'échange et du dialogue.
On sait Ségal porté sur les duo et les rencontres. Bumcello bien sur en est un exemple, mais son album T-Bone Guarnerius et ses moments de partage à deux musiciens dans des lieux inattendus le prouve. Ségal a également été assez tôt intéressé à la musique africaine, même si son professeur le camerounais Mama Ohandja lui a plutôt enseigne le Bikutsi que la musique Mandingue. Quant à Ballake Cissoko, il est un dès pères de la Kora moderne, et un de ceux qui lui a fait traverser la Méditerranée... Ce qui l'a amener à travailler avec beaucoup de musiciens occidentaux. Ces deux là était pour se rencontrer et deviser ; non pas dans la confrontation ni la démonstration, non pas dans la coupe réglée d'un style ou d'une tradition sur l'autre comme cela se voit trop souvent dans l'horrible "World Music". Non, juste le plaisir de l'échange et la douceur dans une intimité acquise dans la musique... Une musique de Chambre...
Chamber Music est un disque beau et apaisant, simple et clair, qui égraine les mélodies dans une sorte de temps suspendu et de lieu ouvert, chaleureux et intime. Il s'appuie sur la tradition de la musique mandingue sans pour autant s'y formater ; les échappées sont belles et lumineuses, les morceaux se suivent dans une douceur ouatée, comme un songe. Le violoncelle se fait parfois rythmique lorsqu'il ne divague pas dans le lointain. la Kora est cristalline et emplie de poésie. 
Lorsque d'autres musiciens rejoignent le duo, ce sont des instrumentistes traditionnels mandingue. Mahamadou Kamissoko au n'goni dans le beau Houdesti, ou encore Hawa Sangho qui chante sur Regrets. Les musiciens supplémentaires apporte du relief mais ne change en rien le sens de la conversation entre les deux protagonistes. Une conversation d'apaisement et de douceur, belle et indispensable...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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