Sur le corps des Klaxons est avant tout une histoire de rencontre entre le batteur breton Olivier Le Goas, aperçu entre autre avec Jenny-Clarck ou Vincent Mascart et Manu Codjia dans le trio Trilog, et le trompettiste (mais surtout bugliste) canadien Kenny Wheeler, une figure du jazz d'Amérique du Nord, compagnon de route tant de Lee Konitz que d'Anthony Braxton tout au long des années 70, et notamment dans le mythique Creative Orchestra. Longtemps également compagnon de route de Mike Westbrook, ce qui représente une sacrée carte de visite...
Batteur coloriste qui cherche toujours une grande parcimonie dans son jeu, Le Goas réussi un album très personnel en s'entourant de trois grands improvisateurs, offrant une palette de couleurs intimiste gracieuse et finement ciselée. Son album, très cohérent, évoque tant musicalement que graphiquement les ambiances des sorties du mythique et défunt label Sketch...
Le timbre élégant et le jeu fluide du canadien est globalement reconnu, et tellement réclamé qu'évoquer la liste de ses collaborations, d'Ornette Coleman à Paul Bley serait interminable. Comme d'autres grands, on reconnait le son de ce musiciens parmi tout autres... Si Wheeler est certes un sideman recherché et incontournable, c'est également un compositeur d'un remarquable efficacité, en témoigne deux morceaux présents sur cet album, et notamment le très poétique "Everybody's song but my own", à l'esthétique tanguant entre baroque imaginaire et ballade nostalgique où le jeu clair du trompettiste porte au feu une section rythmique solide, soudée et à la redoutable efficacité.
La base rythmique du quartet de Le Goas tient avec rigueur un propos dans lequel le sens de la mélodie de Wheeler trouve un écrin parfait. Et quel écrin, tant les 8 morceaux de l'album, dont plus de la moitié signés par Le Goas, sont ciselés, comme ajourée... Et de fait, c'est une musique lumineuse qui les traverse...
Pour cette rencontre, pour ce dialogue vigoureux entre ces deux musiciens, Le Goas a constitué un quartet de premier plan, avec deux habitués de ces pages, et deux musiciens que nous aimons particulièrement par ici. En premier lieu, le guitariste David Chevallier, qui met en valeur son bagage classique pour donner une couleur et une touche très personnelle à l'ensemble, notamment dans le morceau de sa composition "Nei Tardi Pomeriggio", où l'on reconnait à la fois la richesse de son écriture et la propension à dynamiter l'ensemble en quelques traits secs et nerveux. En second lieu, retrouvons ici le contrebassiste Marc Buronfosse, qui emmène le disque à des sommets.
Positionné en avant de ses comparses dès le premier morceau (qui porte opportunément le nom de l'album), il dialogue tant avec Le Goas qu'avec Chevallier tenant l'ensemble en équilibre avec cette rondeur si évocatrice de couleurs. Il suffit de quelques notes pour être conquis ; "Sous le corps des Klaxons" est un bel album où chacun des musiciens semble apporter avec enthousiasme la pierre d'un propos où chacun trouve sa place. Une réussite !

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