Il est des rencontres comme celles-ci qui peuvent être décevantes ou au contraire sur lesquelles peuvent fleurir de la beauté pure et brute Pas de Dense, du trio HCM est définitivement dans la seconde catégorie..
Un trio qui regrouperait le batteur Daniel Humair, impressionnant de maîtrise, d'inventivité et plaisir du jeu, le contrebassiste Bruno Chevillon à la fois roc tout en semblant spectrale, bondissant dans le métal et les infra-basses et Tony Malaby, prodige New-Yorkais capable d'à peu près tout ce qu'un saxophone, quel qu'il soit peut sortir, de la longue plainte métallique jusqu'à l'attaque rythmique dévastatrice est de ceux-là.  Aurais-je de cesse de dire que ce Malaby là est de ceux qui seront encore là dans 50 ans si nous le sommes encore nous-même ?
Pas de Dense, au delà du jeu de mot est une double fausse piste ; car dans l'échange sans concession auquel se livre ces trois improvisateurs, il y a de la densité, un son brut à sculpter, bien aidé en cela par la prise de son remarquable de les on ne peut plus précieux Gérard de Haro au son et Philippe Teissier du Cros au mixage. Il y a aussi du mouvement et des circonvolutions, des échanges et des tournoiements... Pas de Danse, évidemment, mais une sacré chorégraphie musicale, réglée comme un ballet.
On pourra penser qu'il n'y a guère de risque à sortir un album avec comme tête d'affiche ces trois grands noms. Mais il faut saluer Zig-Zag Territoires pour ce choix, car il s'agit d'une musique radicale et sans concessions, une carte blanche offerte à trois compères qui honorent cette Liberté.
On avait déjà vu Malaby et Humair ensemble à l'occasion de l'album "Full Contact" sorti chez Bee Jazz avec Joachim Kühn à l'occasion des 70 ans du batteur. Le trio avec Chevillon est nécessairement plus dur, plus cru, plus physique, mais il s'appuie sur la même recette avec douze morceaux de création instantanée, en improvisation totale, s'appuyant juste sur leur leur connaissance et leur complicité mutuelle, sur leur background et sur l'humeur. C'est beau et sauvage parfois, mais il s'agit plus d'une libre discussion que d'un combat. S'il y a retranchement, c'est au delà des limites de chacun, dont l'individualité sert avant tout le collectif.
Dans ces douze expériences, comme douze livre ouvert sur la musique du trio, on trouve des individualités qui arpentent les douze morceaux comme en cordée. une chaîne faite du fer de l'unité, portée par la contrebasse de Chevillon comme une colonne vertébrale prête à tous les chocs et à toutes les glissades d'archet solidement arnachée aux digressions de ses comparses.
Autour de Chevillon, Humair fait parler sa musicalité légendaire tout en cymbales, et Malaby se ballade, va chercher ici une petite fragrance de Hard-bop avortée (HCM 3) où à l'inverse une échappée bruitiste à la tension quasi-mystique dans le fabuleux HCM 4. Il faut noter l'importance de Malaby dans cet album ; certain le jugeront bavard, il vaut mieux le considérer comme particulièrement volubile, certes, mais toujours sur la brèche de la création, donnant parfois la direction (HCM 10) sans pour autant prendre un leadership qui n'aurait guère de sens dans ce type d'exercice très égalitaire.
HCM est une réussite car il se garde des postures et des modes ; il avance, droit devant vers un but, celui de la musique, libérée de ses corsets. Et c'est un plaisir de humer avec ivresse l'air de ces sommets. C'est vrai qu'à cette hauteur, il n'est guère dense...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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