Depuis quelques jours, la blogo-twittosphère -bref, ceux que ça intéresse potentiellement- se fait écho, mi attristé mi convaincu, de la mise en liquidation judiciaire de Jiwa, site de streaming, qui a l'instar de Deezer, MusicMe ou Spotify mettait à la disposition des internautes un catalogue conséquent de titre "gratuitement", moyennant moult pub et autre parcours du combattant criard pour écouter de la musique.
Petite Parenthèse.
En ce qui me concerne, je trouve que l'offre de streaming de Spotify est la plus séduisante, car tout simplement la plus "pointue", qui connait aussi bien un pianiste suisse méconnu en France (Christoph Stiefel) que Marc Ogeret et permet à des "musigeek" comme Bladsurb de cartographier le streaming par label...
Ne nous méprenons pas, le streaming n'a jamais été, et ne sera jamais l'avenir de l'industrie musicale. C'est un outil parfait pour écouter un disque que l'on voudra potentiellement acheter, pour mettre l'oreille sur un disque quand on veut pas se mouvoir le postérieur pour aller le chercher trop bien rangé ou pour chantonner des "oldies but goldies" quand on bosse. Bref, une radio dont on serait le programmateur.
Qui a déjà payé pour écouter la radio, hormis dans ses impôts, directs ou indirects (le public et l'associatif par la redevance et les impôts locaux, le privé par le coût de la pub calculé dans le prix du produit) ? A l'heure où le consommateur lambda peine à vouloir mettre des sous dans de la musique jetable, c'est une vaste plaisanterie.
L'annonce de la fin de Jiwa, qui semble attrister la profession s'entrechoque avec l'entrée récente au capital de Deezer de Orange, soit la réussite (provisoire ?) d'un site de streaming à trouver un modèle économique -où à Orange de se payer une danseuse prompte à rehausser une image un peu austère, va savoir- en s'accolant à un FAI. N'entendant que peu de choses au Monopoly grandeur nature, "au jeu du je te rachète, tu me rachètes et faisons nous concurrence", il faut pour mettre cela en perspective lire ce billet de l'excellent blog Sawnd,
Dans cet article de Sawnd, il est fait mention de la réussite du modèle économique de Beezik. Beezic, J'en ai déjà parlé. C'est sans doute possible, même s'il convient de se dire que si l'Internaute peut trouver la même chose plus facilement, de meilleure qualité (le MP3 est encodé à un format destructeur -encore plus que le MP3 en lui-même, je veux dire- pour de la musique exigeante) et avec une offre plus large, il ne va pas se tarter à regarder une pub inepte pour écouter un titre qui de toute façon est disponible en vidéo sur YouTube, en boucle sur NRJ12 ou en crachotements dans le Super U du village-vacances.
Ça marche certainement auprès d'une frange d'utilisateurs peu rompus à la rouerie du Net ou qui ont peur du gendarme ; si tant est qu'il en existe encore, n'en déplaise aux sondages pas du tout orientés qui font décidément florès en cet été pour venir au secours du gouvernement. Je ne citerai qu'en exemple une femme d'une cinquantaine d'année l'autre jour, qui devant un bac de soldes à la FNAC, un disque de Frédéric François à 4€ à la main se faire tancer par son compagnon au motif qu'il s'agissait d'une "arnaque" puisque "tu peux l'avoir gratuit sur le net"... Ou quand les échafaudages économique se casse la gueule sur les tristes sycophantes qui les ont bâtis face à la mer...
L'apparent succès de Beezik entérine surtout définitivement le fait que l'artiste a désormais deux choix de carrière : soit épicier-guitariste, soit auteur exigeant ; et c'est toujours autant un leurre de penser que c'est le même métier. La phrase célèbre de Mougeotte sur le "temps de cerveau disponible" relevait plus de la franchise que du cynisme. Le métier des vendeur de pub est de vendre de la pub, pas du contenu. Le contenu est le moyen de vendre de la pub. Continuer à réfléchir à l'avenir du contenu avec des marchands de pub, c'est avant tout réfléchir à l'avenir de la pub !
Aujourd'hui, l'industrie de la balle dans le pied est morte, la charogne. Elle pourra s'agiter en tout sens, faire les dernières rodomontades du dragon blessé, c'est terminé, on sait que son boulot c'est de vendre des yaourts allégés. Avec la fin des droits d'auteurs pour les débuts de leur ère, c'est le coup de grâce. Déjà, de petites boîtes sérieuses et amoureuses du patrimoine artistique réédite des albums de jazz proprement avec la pochette d'époque et un livret conséquent, même parfois en vinyle... C'est plaisant.
L'avenir du disque est à partager en trois voies. Deux qui cohabite depuis toujours mais dont les frontières se font de plus en plus tranchées, celle des marchands de soupe et celle des manufacturiers passionnés. La troisième est intermédiaire, et c'est celle qui est amenée à grossir, car elle a tout compris du net et de son fonctionnement, c'est ce qu'est entrain de bâtir Ownimusic... Et de celle-là, nous reparlerons prochainement...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir... Enfin un peu, en fait !

39_Boni_2