A l'occasion de la sortie de l'album "Sous le corps des Klaxons" d'Olivier le Goas où le bugliste canadien Kenny Wheeler officiait, l'envie m'a pris de réécouter quelques uns des albums où ce grand instrumentiste posait le son étincelant de ses embouchures... Le Creative Orchestra de Braxton, bien sur, le Gnu High de Jarrett beaucoup moins -oserai-je avouer que Jarrett m'emmerde comme un bouillon d'endive ? Ah, flûte, c'est fait-, et le souvenir d'un album du trompettiste Geoffroy Tamisier avec son octet OLH Acoustic devenu nonet pour l'occasion.
Un album entendu chez un ami "G. Meets K.", sorti chez Yolk en 2001, soit un des tout premiers, avec sa pochette jaune et noire mais déjà ce soin tout particulier à l'objet et à sa qualité. Commande passée, l'album sur la platine, et le plaisir de découvrir un album d'une finesse remarquable où se bouscule les talents pour jouer ensemble la musique de Tamisier.
Cette musique, toujours à cheval entre le jazz et des choses plus écrites, comme en témoigne le morceau "Part 2" où la soprano Anne Magouët (que l'on a pu entendre avec A Sei Voci sur le Gesualdo Variations de David Chevallier) interprète comme une petite comptine où se pose le trombone léger et inspiré de Georgui Kornazov, avant que ne s'enchâsse une transition qui donne la part belle aux soufflants où Alban Darche et François Couderc rejoignent Kornazov, Wheeler et Tamisier cornaqué par le piano de Baptiste Trottignon... Si on rajoute Thomas Grimmonprez à la batterie et Simon Mary à la contrebasse, on se dit que ce disque enregistré il y a près de 10 ans annonçait déjà la sensibilité et l'ouverture d'une bonne partie du jeune jazz français.
Une sensibilité dans laquelle manifestement Wheeler se sent comme un poisson dans l'eau, et ce dès l'ouverture de l'album, dans un solo lumineux et incisif où s'intercale la voix diaphane d'Anne Magouët. Un plaisir qui se retrouve également dans le beau "Part 5 (2)" plein d'émotion et de lumière, certainement le plus beau morceau de l'album.
Belle histoire que "G. Meets K.", et bien plus qu'une rencontre de circonstance, puisque le canadien et OLH ne devait jouer que 3 dates, et qu'il en est finalement résulté un album où se perçoit à chaque note une forme de respect mutuel, à la fois du jeune trompettiste pour le maître, mais aussi une liberté de ton que le bugliste s'offre aux côtés de ces jeunes instrumentistes. Une sorte de passage de relais, de transmission qui se termine dans un flamboyant "Part 6" qui vire parfois à la grandiloquence du Big Band...
Une histoire de musique et de musiciens, et un plaisir partagé.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

30_Garance