Il ne fera pas mystère aux lecteurs assidus de ce blog que Stephan Oliva est l'un des musiciens et des solistes favoris de Sun Ship, tant par le foisonnement et l'intérêt constant de ses projets que par ce talent, cette capacité à allier la rigueur d'un grand pianiste à l'évocation onirique et au jazz des images, à cette capacité de créer un univers.
Si Oliva reste l'un des musiciens dont nous avons le plus parlé ici depuis 2007 (avec David Chevallier, Laurent Dehors, Jozef Dumoulin, Elise Caron et Anthony Braxton je pense !), il est un projet particulièrement imposant dont nous avions parlé tout au début, les fameux "Ghosts of Bernard Hermann", sortie chez Illusions, le label de Philippe Ghielmetti.
Ghosts of Bernard Hermann se réécoute comme on revisite sempiternellement un endroit familier pour en découvrir quelques recoins cachés. Oliva y est entier, habite son solo et rend hommage à ce talent d'écriture, ce génie de l'écriture émotionnelle qu'était Hermann, avec générosité. Pour tous ceux qui, comme moi sont des "cinéphiles du passé", retrouver une telle implication sur la musique magnifique des films de Wise, d'Hitchcock ou de Mankiewickz, faire revivre au feu de la musique de telles images a quelque chose d'absolument passionnant.
C'est avec beaucoup d'enthousiasme que j'ai appris l'enregistrement de "Bernard Hermann" en live, à Luxembourg, et que cet enregistrement allait être diffusé par le label "virtuel" (et néammoins ami !) "Sans Bruit" de Stéphane Berland. Ce qui est devenu "Lives of Bernard Hermann" reprend avec bonheur le matériel du disque d'Illusions, en y ajoutant la verve du Live, les idées prises au vol, les citations avortées (Debussy, Satie), au coeur de l'improvisation par un Stéphan Oliva qui semble encore plus emplis de cette musique en la travaillant à la magie de l'instant. Il y visite de nouveaux thèmes, insistant sur la personnalité trouble de Citizen Kane dans une ouverture au noir, trouvant de la profondeur dans le "Spies of Fear" de Nicholas Ray...
Sur le fond, "Lives of Bernard Hermann" est plus sombre que sa version studio, plus emprunt de sentiments contraires. Il y a ce "Jane Eyre/Nocturne" qui clôt l'album dans une volute nostalgique, et cette évocation du "Sisters" de De Palma où l'inquiétude et la tension sourd à chaque note... Oliva dans son "Lives..." cherche plus les ressorts de tension psychologique de la musique d'Hermann.
C'est ainsi qu'on en arrive aux deux suites qui concerne la musique des films d'Hitchcock. Vertigo d'abord, comme un lente plongée dans un désordre extrêmement construit, profond et par certaines formes déstabilisant, qui relate avec puissance la profondeur du film de Hitchcok, donnant des "coups de zoom" à sa musique, comme la technique utilisée par Hitch sur ce film pour évoquer le vertige...
La seconde suite, c'est évidemment "Psycho", peut être le sommet de popularité des compositions d'Hermann. On pourrait dire évidemment que le thème de la "douche" est tellement célèbre qu'il suffit de le laisser aller pour évoquer la folie et la peur. Mais Oliva va chercher des ressources dans la dissonance et la légère syncope, presque imperceptible qui peut sembler parfois être au cœur du cerveau de Norman Bates, perdre la raison un couteau à la main, s'abandonner dans les méandres tortueux de la folie...
On pourrait dire qu'une bonne composition par un grand interprète est suffisant pour faire un bon disque. C'est vrai. Mais s'il y a en prime cette inventivité et cette volonté intrinsèque de se colleter à la musique, ça en fait juste un grand disque...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir (sauf bien sur pour un "private joke" que vous m'excuserez bien vite)...

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