Depuis que David Krakauer fait souffler sa folie dans sa clarinette, le klezmer a repris des couleurs et est même devenu en quelques années une musique recherchée et même sophistiquée, alors même qu'on avait peut être jusqu'alors tendance à obérer l'importance et l'influence prédominante du Klezmer dans toutes les musiques du XXème siècle. Dans son sillage, les Klezmatics, les géniaux "Cracow Klezmer Band"...
Outre Krakauer, qui est l'arbre gigantesque qui cache une forêt de talent, l'esthète ira chercher Giora Feidman, certainement l'un des plus grand clarinettiste klezmer (le meilleur en fait, c'est plié !), mais dont le profil plus classique ne lui a pas permis peut être autant que Krakauer de transcender les genres. Ceci dit, quand on entend "Abraham Inc." le dernier projet de Krakauer, on est en droit de se dire que c'est finalement pas plus mal (et pourtant, pourtant !).
Nouveau venu dans cette caste de clarinettistes partagés entre respect des traditions et modernisme, entre la volonté de préserver un patrimoine musical richissime et de la confronter aux autres, le clarinettiste Yom à enregistré en 2008 un disque "New king of Klezmer Clarinet" qui au delà de son titre décomplexé permet de mettre en lumière un musicien remarquable, que l'on avait pu découvrir il y a quelques années dans le groupe Klezmer Nova.
Ici, c'est avec le pianiste Denis Cuniot (lui-même l'un des grands acteurs du Klezmer), le tromboniste et tubiste Benoit Giffard et le percussionniste Alexandre Giffard (qui joue du Tapan, un tambour macédonien qui s'appelle Davul en Turquie, Nagara en Arménie, etc.) que Yom développe une musique traditionnelle qui voyage, va parfois visiter l'Anatolie pour revenir en Europe Centrale, passe d'un instant à l'autre du groove à l'émotion.
Evidemment, Yom explose de virtuosité, puisque c'est l'un des passages obligé du genre, mais son jeu rapide et chaleureux ne laisse pas ses comparses sur le bord de la route, et Benoit Giffard est une pièce maitresse de cet album où des morceaux comme les deux "Naftule Attitude" en sont les pivots.
Mais "New King of Klezmer Clarinet" ? Vraiment ? N'est-ce pas un peu présomptueux ?
En réalité, le titre de l'album de Yom n'est pas dénué d'humour, et de clin d'œil à l'un de ses pairs. Décédé dans les années 60, Naftule Brandwein qui a donné énormément à sa musique, et dont le côté fanfaron était l'un des traits de caractères. Dans cet album, Yom lui rend hommage en jouant ses morceaux dont on peut découvrir leur absolue modernité. C'est ce qui fait de l'album de Yom un excellent moment.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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