Bien sur, il y a tant de raisons en ce moment d’avoir le haut-le-cœur en regardant la fange que constitue le débat public et la politique de terre brulée qui anime ce gouvernement que la grotte de Lascaux, visitée en jouisseur par un cuistre et son aréopage encharlotté, fait figure d’anecdote. De toutes façons, le silence assourdissant des chaussons sur le linoleum maussade de la Résidence pour Personnes Agée a définitivement remplacé les bruits de botte. La haine de l’Art et de la Culture comme moteur, et des images d’Epinal comme muséographie intérieure. Une connaissance puisée dans les gravures de boite à chocolat et réputée notoirement suffisante.
On pourrait revenir cent fois sur la Princesse de Clèves ou sur cette haine pavlovienne, dénominateur commun à ses zélateurs ou groupies, de toute forme de pensée critique, aussitôt marquée du sceau de l’infamie par le fantastique qualificatif de « bobo germanopratin » voire « bobo décadent » dans sa forme la plus aigue, quand bien même cela ne ressemblerait à rien et cacherait mal un complexe d’infériorité mortifère.
Rien ne vaut Lascaux. C'est comme une cerise déconfite sur un gâteau depuis bien trop longtemps indigeste, et qui est surtout comme une synthèse de que l’on nous donne à voir depuis trois ans ; une révélation dans la caverne ? Si l’on m’avait dit notre monarque platonicien...
On passera sur la bourde, que ne ferait pas un élève de cinquième, sur la différence entre Neandertal et Cro-magnon. Elle démontre le peu d’intérêt porté à la chose visitée –Qui s’intéresse encore à ces bariolages moisis par des crasseux en peau-de-bête. Evoluons, c’est moderne !-. On passera également sur le discours suivant la visite, traitant de « l’art de vivre » périgourdin, daté de cette période, comme si Cro Magnon farcissait les oies et bourrait les chapons. Passons vite car on serait obligé de parler de ces glaçantes tirades maurassiennes digne de la "patrie charnelle".
Finalement pour notre petit Président, visiter la grotte de Lascaux n’est pas l’opportunité de prendre le temps de découvrir des œuvres qu’autant de siècle nous auront révélé magiquement intactes. Visiter Lascaux avec un photographe et un cameraman pour figer l’instant de ces siècles qui séparent les grommellements d’un peinturlureur pouilleux et l’homme moderne rasé de frais et son indispensable Rolex  –supplémenté d'un garde du corps au cas où un anarchiste rom avait profité de la pénombre pour lui asséner un coup de tibia de mammouth mal placé !- c’est une com’ pathétique pour détourner l’attention.
Le pire –et ce billet en est le triste témoin !- c’est que ça marche ; mais il faut voir plus loin, chercher la symbolique… Et si c’était finalement un fondement de politique générale, ou du moins de trajectoire personnelle ?
Jouir de son privilège de monarque en rotant à la face du monde et en emmenant bobonne dans un sanctuaire fragile ou personne ne doit plus aller sous peine de le voir disparaître ou « habiter  la fonction présidentielle » en dorant sur un yacht de multi-milliardaire, quelle différence ? Au premier abord, on dirait une version XXL du très français « j’y ai droit, j’y ai droit », avec la visite guidée pour le petit-qui-marche-bien-à-l’école et l’auto-dispense de Charlotte parce que –voyez-vous-, on n’a pas les cheveux qui graisse et puis les règles, hein, c’est surtout pour les autres…
Mais c’est plus profond que cela. Dans cette jouissance personnelle au mépris d’un patrimoine de l’Humanité, n’y’a-t-il pas, finalement, une imparable définition du modèle économique ?
C’est dans ces petits détails, qu’apparaissent toujours les failles…

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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