Lorsqu'on observe la discographie du trio belge Aka Moon, dont les lecteurs les plus fidèles savent qu'il constitue l'un des piliers de l'envie de parler musique ici et ailleurs, et plus simplement que c'est l'une de mes formations favorites, il y a plusieurs pics, mais peut être jamais aucun n'eut le retentissement d'Amazir. On peut le dire, Amazir est un disque absolument indispensable qui traverse le temps, est déjà devenu un classique et le restera longtemps
Sorti en 2005, il plane sur ce disque comme un souffle de magie, une sorte d'émulation collective avec les musiciens que le trio a invité, au premier chef desquels se trouve le flutiste Magic Malik qui apporte sa puissance et sa passion, son sens du groove et sa chaleur. Avec lui, on retrouve le pianiste Fabian Fiorini, qui apporte une touche rythmique supplémentaire dans ce qu'est déjà la force de frappe incroyable du trio... Deux musiciens que l'on retrouve dans Octurn, qui partage avec Aka Moon une communauté d'idée avec le M-Base de Steve Coleman sans pour autant s'y affilier totalement ; là aussi, Amazir en berbère veut dire Libre, et c'est devenu la véritable marque de fabrique du trio.
Il y a également deux autres invités sur quelques morceaux. Le tromboniste Robin Eubanks est impitoyable de groove dans le très beau morceau "Lila", et le guitariste Nelson Veras, lui aussi passé par Octurn, délivre une prestation remarquable, comme à l'accoutumée lorsqu'il se confronte à d'autres musiciens
Avec cette aréopage,  Aka Moon livre peut être l'album le plus personnel, celui qui visite l'intérieur du trio plutôt que de se confronter à d'autres cultures, à d'autres grammaires musicales. C'est également le premier album d'Aka Moon qui sort d'une écriture où le continuum est la base de l'écriture des morceaux. Ici, chaque morceau est une pièce individuelle, à l'énergie et à l'identité propre, et qui permet un dialogue avec les invités, ce qui n'empêche pas, loin s'en faut, à l'ensemble d'être parfaitement cohérent.
Il y a dans Amazir une volonté claire de travailler sur les rythmiques cubaines, ce qui permet à la doublette rythmique de s'en donner à cœur joie dans une polyrythmie parfaite, débordante de vigueur et d'imagination ("Cuban #2", notamment, ou la basse électrique de Michel Hatzigeorgiou est virulente, solide, ronde comme jamais...). Mais ce n'est pas un disque de musique cubaine revisitée par Aka Moon, telle qu'on avait pu le voir récemment avec la musique mandingue. La musique cubaine est ici un matériau qui permet la synergie renforcée d'un cœur de trio enflammé par la qualité de ses musiciens et de ses invités, avec en point d'orgue "Cuban #4".
Enfin, il serait absolument impossible d'évoquer Amazir l'album sans évoquer "Amazir" le morceau, qui figure également sur le récent album avec le big-band de Djs. Amazir, cette phrase musicale imparable de Fabrizio Cassol à l'alto, d'une simplicité extrême, comme évidente, légère comme une plume et pourtant d'une force d'airain quand elle est soulignée par la basse d'Hatzigeorgiou, laissant le chant libre au batteur Stéphane Galland pour partir dans un rythmique d'une réjouissante complexité.
Tout simplement formidable...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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