Il y a une certaine gageure à me faire apprécier un disque en trio composé -au deux tiers, donc- d'une guitare classique et d'une trompette, deux éléments de l'orchestre dont je me méfie toujours énormément, car s'ils peuvent être magnifique -et les exemples sont pléthores !-, ils peuvent également pâtir d'une propension à l'ennui profond à force de bavardage. Voire en certains cas au coma dépassé.
Heureusement, Geoffroy Tamisier à la trompette et Alexis Thérain à la guitare sont toujours du bon côté de cette barrière, en témoigne leur participations régulière aux projets du label Yolk, ce dont nous avons déjà traité ici. Nous avions notamment évoqué "G meets K", un disque de rencontre avec Kenny Wheeler, auquel Tamisier se réfère souvent et dont on perçoit toute la force d'évocation poétique dans ce disque abouti.
"Au Bonheur des Anges", disque de Geoffroy Tamisier sorti en 2005 est formidable, léger, et -autorisons nous à le dire, puisque le titre est là- séraphin. Il suffit d'entendre la douceur colorée de "Valse slave" pour s'en convaincre.
Tout est éther dans cet album, la mousseline légère de la trompette de Tamisier qui suggère plus qu'elle n'impose, ne claque que rarement, sauf peut être sur le morceau "Iguane"... Et puis il y a le jeu languide de Thérain, toujours cette inclination au voyage lorsqu'il frotte ses cordes, ce sentiment d'errance permanente et cette sensation de pénétration dans l'intime, cette appropriation des univers que l'on remarque à chacune de ses apparitions, jusque dans le récent album d'Alban Darche... Au centre, c'est le contrebassiste Frédéric Chiffoleau, déjà entendu lui aussi dans le trio de Darche, qui sert de base terrestre à une musique qui voltige dans les limbes, comme un jazz de chambre enfantin, un songe de berceuse... La suite pour Alban, en trois parties, qui est au centre de l'album est une douce évocation cinématographique de l'amitié, rempli d'images tout en restant dans une simplicité doucereuse et parfaitement sereine.
Parfois, lorsque Tamisier lâche sa trompette, comme dans le morceau-titre, où il se partage entre flûte et piano à pouce, soutenu par l'archet léger de la contrebasse de Chiffoleau, le voyage aérien semble faire le tour du monde, toujours léger comme une plume. On reste en lévitation au dessus de la musique ; Au bonheur des Anges est une perle du label Yolk qui en compte bon nombre !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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