Aragon disait peut-être "Quand le blé est sous la grêle, fou qui fait le délicat", ce qui est certainement l'un des plus beau vers de la poésie française, mais ça va bien.
Internet nous fait arriver à des choses insupportables, à des rapprochements blessants, bien pire que les tessons de bouteilles laissés pour nuire dans quelques lieu à protéger des intrusions ; ainsi on se retrouve un matin d'accord avec Francis Lalanne. De quoi se retrouver moins que rien, voire pis que tout, dans sa glace matinale, hué par les uns, abandonné des autres, voire sale, allez savoir.
La honte de soi, le sentiment de reniement peut être bien pire qu'avec le lyrique chansonnier à catogan.
Ainsi, l'autre jour, en prenant connaissance de quelques avanies médiatiques concernant la "Carte Musique Jeune", censée relancer l'économie mondiale par le téléchargement à moitié-prix d'une poignée de borborygmes gloussés par René la Taupe, j'ai ainsi fait une découverte terrible, presque digne d'un suicide collectif de mes moi-même. J'étais -sur la seule question de la carte jeune- d'accord avec le "gaulliste" Nicolas Dupont-Aignan.
Que m'auront donc fait faire les les lois scélérates sur le prétendu "drowadoteur" ?  La grippe cognant à ma porte avec force malignité, j'ai cru un instant au délire de la fièvre. Mais non, Dupont-Aignan a émis sur les publicités ineptes du ministère de la Culture, celles réalisées avec les impôts qui auraient pu servir au mécénat de quelque projet culturel aventureux, une opinion d'une rare clairvoyance. (Le dernier lien est la "chaine" dailymotion du ministère de la culture. Oui. Vous ne rêvez pas).
Inutile, je pense de revenir sur la carte musique jeune, et sur sa destination, bien plus destinée à permettre aux marchands de soupe pleurnichards de thésauriser un peu plus de picaillons au frais du contribuable ; tout est tellement limpide et premier degré là-dedans que tout le monde s'en fout, en réalité. Il y a bien longtemps qu'on a compris qu'avec ce gouvernement, toute prérogative culturelle va dans le sens de l'accumulation des richesses pour l'industrie de la balle dans le pied.
Mais leurs pubs ! Elles ne sont pas signifiantes simplement du profond mépris que ce gouvernement porte objectivement à la jeunesse. Elles démontrent, sous le prétexte d'un trop pratique sens de l'humour, d'une vision de l'amoureux de la musique comme étant forcément un roquet amateur de mode qui fait passer ses valeurs culturelles par la sape et le paraître, par la vacuité et la consommation... J'avais parlé de Childéric lors d'un précédent billet sur cette satanée carte. On est dans la même rhétorique des années 80, où le m'as-tu-vu hâbleur a remplacé le passionné. Heureusement, cela finira comme les années 80 : dans la poubelle des fonds de tiroir ridicule dont on se souvient avec un vague haut-le-cœur. Mais c'est aussi ainsi qu'on finit par errer dans les limbes avec le cuisant souvenir d'avoir une fois dans sa vie été d'accord avec Nicolas Dupont-Aignan...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir (justement)...

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