Puisqu'il s'agit d'une promesse tenue, parmi celles qui disaient qu'Hadopi serait indispensable ou qu'on allait s'en prendre plein le râble, et puisque ce n'est finalement pas si courant de voir une promesse aboutir, revenons un instant sur ce classement du "repas gastronomique traditionnel des français au patrimoine de l'Unesco". On en avait déjà parlé. C'est le ventre plein d'un succulent Bibimbap coréen, mauvais français que je suis, que je vous propose d'y revenir quelques minutes...
Il aura donc fallu deux et demi pour arriver à ce dessein qui sera sans nul doute l'un des grands souvenirs de ce brillant quinquennat. Ça et l'algarade avec les producteurs des produits servant à faire cette gastronomie, du salon de l'agriculture aux pêcheurs en colère, bien entendu. Il en aura fallu sans doute, nombre d'odes à la glorification du pâté en croûte, de grandes tirades sur l'andouillette au feu de bois, de sonnet sur la poule-au-lard, de notes d'intentions sur le thon à l'escabèche ou sur l'aligot, sans compter les alexandrins fougueux sur le Livarot :
"Pour être délicat de la croute jusqu'au coeur / Libérer son fumet, et révéler sa fleur / Le Livarot, jamais, au réfrigérateur"
Ne nous appesantissons pas sur cette information capitale que l'amie Laure aura détaillée avec plus de précision que moi dans sa chronique radio. Sure qu'elle aura fait la joie de la rédaction du 13h de TF1 et de toutes les discussions rancies où l'on s'enorgueillit toujours de sa cocarde en mangeant sa plâtrée de nouilles et son jambon polyphosphaté. Il n'y a guère plus que les français pour penser que la cuisine française est la plus raffinée ; elle l'est, comme tant d'autres. Comme toutes... Et c'est ma mère qui fait les meilleures lasagnes, dois-je la faire classer par une instance de l'Unesco qui avait été créée pour sauvegarder la mémoire des traditions orales (les chants des pygmés AKA, par exemple) ?
On rira de penser par exemple que la tradition Kaiseki japonaise, certainement plus codifiée et plus sanctifiée que ce repas traditionnel français qui n'a de fondement que dans le spleen de quelque patriote dépressif, n'est pas inscrite à ce "patrimoine immatériel". Sans doute parce que le Japon n'a pas besoin de se rassurer à la douce liquéfaction des sucs de la démagogie... Ou peut être parce qu'il n'y a pas ce sentiment très "bienvenue chez les chtis" que la sociabilité est tellement mise à mal qu'on est contraint de la transformer en Disneyland compassionnel.
Mais au delà de la reconnaissance de la carotte vichy comme symbole de la France, c'est tout de même un autre glas que cela sonne. Car la Culture de l'hexagone est désormais représentée par sa cuisine au beurre. Il fut un temps où c'était pour le raffinement de ses écrivains ou pour la vigueur de sa musique, mais nous somme dans un tel renversement des valeurs culturelles que tout ceci est devenu quelque chose sur un curseur qui va de suspect à vulgaire. La Hure de sanglier confite est tellement plus représentatif de notre beau pays.
Ne nous leurrons pas. La voilà la Culture pour Chacun.

Et une photo qui a à voir, en fait. Je vous laisse, j'ai une potée cévenole sur le feu.

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