Il est inutile de revenir sur le phénomène Anne Pacéo, cette batteuse surdouée qui défraie depuis longtemps les chroniques de la presse spécialisée et collectionne les collaborations et les rencontres comme d'autres les vignettes Panini.
Inutile car cela doit finir par être agaçant pour elle comme pour le lecteur, et que malgré les noms rutilants qui se sont penchés sur son berceau (Del Fra, Haden, Texier...), la musique d'Anne est restée la même, pimpante et pétillante, raffinée et efficace. Mieux, elle arrive à faire l'unanimité ; elle est une grande batteuse... Restait à gommer l'agaçante suite : "en devenir".
Le premier album de Triphase, son beau trio composé du bassiste Joan Eche-puig et du pianiste Leonardo Montana aurait déjà du assurer la plupart des auditeurs de la maturité des trois musiciens, mais c'est ainsi comme souvent, c'est le second album qui assoit une réputation. Alors, à ce niveau, "Empreintes" porte bien son nom. Ce qu'il faut considérer comme la suite logique de Triphase est une belle réussite et un bel album de jazz contemporain fédérateur sans ne jamais plonger dans le consensuel. C'est aussi une marque de fabrique du label Laborie qui produit cet album ; une démarche qu'il convient de saluer.
Si le premier album était surtout un échange entre la batteuse et son bassiste, la relation privilégiée se fait ici avec son pianiste. Montana, qui signe trois des huit morceaux lorsqu'Anne en écrit le reste est aérien et la complicité avec ses comparses est totale. Car Empreintes n'est pas seulement la signature d'Anne Pacéo comme faisant partie incontournable du paysage jazzistique, mais aussi cette petite trainée onirique que l'on perçoit en chaque morceau, et qui se répercute sur la jolie pochette qui ajoute à cette atmosphère que l'on pressent idéale et correspondant parfaitement à la personnalité de la batteuse.
Des morceaux comme "Fais de beaux Rêves" ou "Immersion" sont de petites friandises qui s'emportent dans les rêves. La contrebasse d'Eche-Puig est leste et suave, et le jeu de cymbale particulièrement caressant d'Anne est toujours élégant. Idem lorsqu'elle donne de la voix pour chantonner ses jolies mélodies au milieu de ses tambours, ou même lorsqu'elle fait montre de ses possibilités de puissance sèche dans le beau "Le tonnerre est là" au centre de l'album.
Empreintes est aussi une forme de célébration de la triple entente de ces jeunes musiciens, de leurs cohésion dans ce trio très égalitaire où il n'y a aucun quant à soi. De notes en notes, on sent une complicité, une maitié soudée autour de l'expérience, notamment dans des morceaux au vocable clair : "Immersion", "poussières" ou le très juste "sérénité". A l'image de "Noun", le morceau le plus enthousiasmant de l'album, Empreintes est un disque très agréable réalisé par trois musiciens remarquables. Que du bonheur... (bonheur partagé avec mon camarade Denis, dont il convient -je voulais le faire et j'ai oublié !- de lire la remarquable chronique)

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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