On peut aimer Budapest pour son passé d'empire ou pour la magie de sa culture brassée. on peut l'aimer pour sa centralité revendiquée et tout ce que les dépliants d'agence touristique vendront pour que nous allions nous perdre dans la perle du Danube.
J'aime Budapest pour son côté bancal et décalé, son usure et ses murs gris qui font croire qu'il ont été mais qui sont toujours ; j'aime Budapest pour sa musique et l'état d'esprit un peu goguenard qui sourd des oeuvres de ses artistes, les plus fidèles lecteurs ou ceux qui auront la curiosité de suivre le tag BMC s'en apercevront très vite !
Parmi les musiciens chéris de ce blog, il y a le guitariste Gabor Gado et son quartet de feu constitué lorsqu'il finissait ses études au CNSM de Paris après être passé par la prestigieuse section jazz du conservatoire Bartok Bela de Budapest. Quel Quartet ! Matthieu Donarier aux saxophones, Sébastien Boisseau à la contrebase et Joe Quitzke à la batterie... Ces quatre sont d'ailleurs toujours fidèles à leur différentes collaborations.
C'est un album de 2004 que j'ai redécouvert récemment qui m'a absolument subjugué par sa cohérence, le talent de ses interprètes et l'histoire qu'il raconte qui m'a donné envie d'en parler, d'autant qu'il est encore tout à fait facilement trouvable. Modern Dances For The Advanced In Age est un disque de Gado qui raconte le Budapest de l'ère stalinienne qui se fendille vers l'Ouest et ses débuts de musicien encadré par le régime, dans un pays où le moindre restaurant dispose de son orchestre. l'orchestre de Gado est ici un sextet où à son quartet habituel s'ajoute le saxophoniste Kristof Bacso -autre figure du jazz contemporain hongrois- et le tromboniste Béla Szaloky qui forme avec Boisseau et Quitzke le socle de cette formation. Modern Dances ? C'est au delà de ça un voyage dans le quotidien des hongrois dans lequel on évolue dans une esthétique luxueuse de baloche réorchestré.
Quand le propos d'un disque de jazz est une histoire bien racontée, la moitié du chemin est fait, et les notes de pochette de Gado nous aiguille fort bien. Les sept morceaux sont des souvenirs de cette période qui s'ouvre par l'un des succès populaire de ce Budapest entre deux cultures et deux modèles. De ce "Szeretnem bejarni a foldet" à "Budapest, Budapest" qui était la chanson culte des fête de mineur, Gado visite ces titres franchement, avec cette pointe d'humour et de malice qui caractérisait cette vie en coupe réglée... Mais avec une pointe de nostalgie que l'on appelera pas östalgie puisque la Hongrie n'est pas à l'Est ! On y ajoutera également un point de vue goguenard sur la musique commerciale de l'Ouest, avec un morceau déballonant les baudruches des "3 ténors" et une acidification soudaine du propos dans le beau "Dam of Eternity".
Le disque se clot sur un pur produit de Broadway, le très beau -oui, je sais, j'ai parfois des goûts surprenants- "Moon River" de Mancini chanté par Audrey Hepburn normalement mais joué ici à fleur de cordes et d'émotion par un Gado qui prouve -s'il en était besoin- qu'un musicien qui visite un répertoire abstrait et contemporain peut également revisiter un répertoire populaire sans se compromettre ni mépriser...
Indispensable.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir ? Pas sur...

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