Stefan Orins est l'un des architecte du collectif Circum,. Le franco-suédois qui a trouvé dans la métropole lilloise -heureux homme- un terrain de jeu et d'expression ouvert et attentif est ainsi l'un des leaders du Circum Grand Orchestra que l'on aime particulièrement par ici par son innovation et la précision de cette musique.
Depuis plus d'une quinzaine d'années, le pianiste est également à la tête d'un trio lui aussi très travaillé avec son frère, Peter Orins à la batterie et le contrebassiste Christophe Hache pour fermer le triangle. On aime bien Hache également dans ces pages ; d'abord pour sa collaboration à l'ONJ de Franck Tortillier qui fut certainement l'une des meilleures formations de l'orchestre national, mais aussi dans le trio du batteur Thomas Grimmonprez et bien sur au Circum Grand Orchestra !
Après deux albums qui ont installé une certitude musicale, le trio, avec ce Stöt, cultive une rectitude et une mesure dans le propos qui n’empêche pas de visiter des contrées plus abstraites mais toujours avec une forme de nonchalance et de quiétude. Il n'y a qu'à écouter "Trappan" qui ouvre l'album qui débute sur une mélodie très carrée avant de se perdre dans des méandres de réflexions intimes.
Si l'on est loin de l'opulence grand format du Circum Grand Orchestra, on retrouve cette notion centrale de collectif dans chacun des neufs morceaux signés par le pianiste. On aura une écoute particulière pour le très beau morceau "August Strindberg" du nom de l'écrivain suédois. Dans le jeu du pianiste, on retrouve ce Naturalisme qui fut l'oeuvre de Strindberg, ce jeu méticuleux avec la lumière et les éléments qui trouve peu à peu un ordonnancement cinématique qui est le cœur de cet album.
Bien sur dans ce trio très mélodique, il y a une relation forte, quasi fusionnelle entre le pianiste et son batteur de frère au son très métallique. Au centre, en pivot devrait-on plutôt dire, on retrouve Christophe Hache, imperturbable et au jeu toujours aussi clair qui assume à merveille ce rôle de liant et d'instigateur de paysages nouveaux et toujours apaisés. Peter, que l'on sent plus fortement que les autres influencé par le rock sait prendre l'impétueux parti du martellement et de couleurs plus sanguine quand il s'agit d'animer un groove plus nerveux. C'est le cas notamment dans le morceau "Stöt"...
Stöt veut dire impulsion en suédois ; et l'on ne saurai trouver meilleure définition à ce jazz contemporain qui ne se limite pas seulement aux mélodies remarquables, mais recèle des trésors d'inventivités dans les échanges entre les musiciens...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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