Le matin, poussette en main et l'esprit peu enclin à échanger avec l'Humanité pressée et pressante qui de toutes manières préfèrerait marcher sur la gueule de son concitoyen plutôt que d'avoir une discussion sur la marche du Monde, faut quand même pas trop me parler, essayer de me vendre un placement humanitaire qui devraient se régler par l'impôt ou me donner des journaux gratuits.
Cette dernière plaie gaspilleuse de cellulose qui ne jonchait jusqu'à lors que les grisâtres trottoirs parigots vient désormais souiller nos trottoirs avec l'apparente envie de ridiculiser des précaires avec des k-way siglés grotesques et des parasols à l'encan. Le tout pour un salaire qui servira à peine à régler l'augmentation des fluides générées par la nécessité de payer la pub dans ces dits "gratuits".
On mordra l'ironie.
Ainsi, tous les matins, une armée de vêtements de pluie publicitaire papillonne à l'arrêt de bus avec la ferme intention de refourguer au chaland qui patiente nerveusement un exemplaire agrafé qui contient force dépêches d'agence repiquées telles quelles dans le meilleur des cas ou agrémenté d'articles écrit dans un français télégraphique narrant la vie locale dans le pire des cas. Pour ce dernier, on notera que la gazette municipale de n'importe quel patelin de moins de 15.000 habitants est certainement plus palpitante et respecte la mention nécessaire sur les photographies. C'est pas toujours gagné.
En général, la tête encore pleine des consistances du matin délivrées par France Culture, impressionné encore par la fluidité et l'habileté de la revue de presse internationale de Cécile de Kervarsdoué, je refuse le journal national qu'on me tend avec une politesse qui confine à la violence. J'évite de me lester d'un futur déchet encombrant qui semble conditionner les orientations éditoriales des robinets à info ; et comme je me fous presque autant de la chute des décors d'un parc à décérébration californienne que du voyeurisme repu des faits divers ou des mariages princiers, je joue avec ma fille.
Ce matin j'ai craqué.
Ce n'était pas le sourire presque triste de la jeune fille en K-Way bleu comme ça ne devrait pas être permis. Celle qui tous les matins me tend son canard en ne comprenant pas que je ne le prenne pas, puisqu'enfin, bon sang, mais c'est gratuit. gratuit ! Point d'argent à débourser et moi qui snobe son bel exemplaire broché...
Ce ne sont pas les vingts informations qui hésitaient entre le factuel et l'encéphalogramme plat qui ouvraient la première double-page.
Non, c'était ce titre : "Sarkozy=Sécurité" qui barrait sa une à propos d'un énième sondage. On passera sur le contenu d'une tristesse pas croyable pour ne garder qu'une chose : cette impression de tract payé par la pub délivré au bon peuple sous couvert de l'informer de la marche du monde. Comme si la Télé n'y suffisait pas...
Il n'est pas de gratuit fait dans un esprit commercial qui ne soit pas une aliénation de plus ; dans la mesure du possible, on préfèrera jouer avec sa fille, ou avec toute entité vivante prête à faire les marionnettes dans un bus.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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