C'est comme un mauvais vice.
J'ai beau savoir que je vais me faire du mal et que c'est absolument vain, c'est plus fort que moi ; il faut toujours qu'à un moment où un autre, je me retrouve à être scotché devant un 20h de France 2, hésitant entre la consternation et l'amusement.
On dit qu'il faut savoir ce que disent les médias dominant de temps en temps pour savoir ce que l'on entendra asséné avec la docte assurance des informés dans le bus du lendemain, mais quand même, il y a des moments où l'on prendrait presque la presse gratuite pour le Monde Diplomatique à la place de ce que l'on nous contraint à voir pour une part non négligeable de notre redevance (il convient de préféré la part réservé aux radios de Service Public et aux radios associative, bien moindre, cela va de soi...).
On sait tout du factuel que l'on nous sort avec l'impression grave de celui qui éduque les Masses. De l'abandon pur et simple de l'actualité international sauf en cas de massacre télégénique ou de mariages entre meringues sacrées. De la réduction au borborygme ou à la petite phrase à l'air satisfait, ce qui est peu ou prou la même chose. Mais cette édition de Dimanche était d'une rare stupéfaction.
Marc Levy invité au journal de France 2 pour parler de l'affaire DSK ou comment rester médusé devant son poste. Certes, le romancier préféré des désespérés de la cinquantaine, des midinettes et des garçons de bain était là pour parler de son bouquin, mais vivant à New York, le playmobil en charge du week-end ne pu que lui demander son grand témoignage.
On sait que tous les journalistes attachés au sensationnel ont des cactus dans le slip depuis que l'affaire en question est commencé, mais on ne peut que se demander ce que Marc Levy vient faire en grand témoin. Ce serait un peu comme demander au boulanger qui vend des croissants en face de l'Opéra ce qu'il pense de la musique sérielle... Il restait bien des surprises.
Alors on a eu le droit au "choc des Cultures" et à la soit-disant parabole des puissants. Quant au playmobil, il ne s'empêcha pas de demander si la presse américaine n'abuse pas de clichés sur les français sans se poser de question sur ce qu'il disait sur les japonais flegmatiques et besogneux il y a 10 semaines. Et puis il eu un moment suspendu.
D'un coup, enhardi sans doute par la présence d'un sommet de la littérature française sur son plateau, le playmobil se met à citer Ruy Blas, avec l'aide sans doute d'un sous stagiaire khâgneux en charge des fiches. "A tout perdre en un jour (ici le journaliste pressé oublie "-l'histoire est secrète encore" qu'il remplace par trois points)  pour une amourette (encore "chose sotte et folle à mon âge j'en conviens" obéré par des points) avec une suivante, une fille de rien". Le tout dit avec une telle sentence que même le silence qui accompagna le petit mouvement de mèche fut gênant.
Quoiqu'il en soit de cette affaire dont je me tape le coquillard avec un presse-purée, il semble difficile d'accoler le mot "amourette" à la question, à moins qu'il en dise long sur la vision de la relation humaine et du rapport de classe...
Même Levy, qui se sauva de cet ornière en embrayant sur le génie d'Hugo se sentit gêné. Le pire, c'est de se dire sans doute que maints spectateurs ont eu l'impression de se cultiver sans se poser un seul moment la question de leur redevance servant ainsi à avoir une telle vision du monde et de son sexisme ordinaire... Ce n'est d'ailleurs pas en regardant Roland Garros que cela s'arrangera !

 

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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