C'est rare finalement d'évoquer ici un album qui truste les hauts des charts, fussent-ils jazz.
De plus en plus, relayé par des médias sans doute plus obnubilés par leurs recettes publicitaires que par la beauté formelle de ce qu'ils défendent, on retrouve le plus souvent au somment des classements de vente "jazz" une bouillabaisse vocale qui se sert des codes esthétiques du jazz ancrés dans l'inconscient collectif (charme tapageur et ambiance interlope feutrée, pour aller vite) pour se parer d'un caractère dont elle manque absolument.
Ainsi les Spalding, Cullum ou Krall, tous ces barils de lessives clinquants ne sont rien, ne seront rien et retourneront vite à leur rien. C'est le destin des produits jetables ; leur obsolescence programmée commence parfois avant même la mise en rayon.
Et puis soudain, l'étincelle nous vient de Corée et s'arrête à Paris. Ça fait des mois que j'écoute Same Girl, des mois que je me dis que je vais en parler, des mois que je repousse au gré de tel ou tel écoute... Peut être parce que, hormis quelques marottes personnelles que les lecteurs fidèles repèreront (Elise Caron, Jeanne Added, Dédé Minvielle...), je ne parle pas souvent de voix. La très belle chronique de l'amie Diane Gastellu m'y aura poussé, tout comme l'énième vision de cette vidéo.
Same Girl de Youn Sun Nah est tout bonnement un miracle. Déjà parce qu'il fait taire les perdreaux de l'année qui confondent posture vaguement sexy et chanson (nous appellerons ça "chanteuses à jambes" pour faire simple, puisque cela semble n'être que le seul argument qui est mis en avant... Ah le fameux « piquant » de tel ou telle qui semble dédouaner de l'ennui mortel anime la platine CD...). Mais surtout parce que cet album est un bel équilibre entre technique vocale irréprochable, rigueur artistique et mainstream bien compris. Il suffit d'entendre ce Favourite Things gourmand simplement armé d'une fragile Kalimba. Ce qui aurait pu être le plus casse-gueule des parti-pris se révèle d'une beauté confondante.
Tout semble simple dans Same Girl. Accompagné par Ulf Wakenius, guitariste débordant quand il joue avec Metheny mais ici d'une déconcertante sobriété, Youn Sun Nah revient à l'essence du jazz vocal ; celle qui fait de la voix un instrument à part entière. Que ce soit avec Enter Sandman (reprise minimaliste de Metallica), ou le délicieux Pancake qui joue avec son excellente base rythmique (Lars Danielsson à la basse et Xavier Desandre-Navarre aux percussions), Youn Sun Nah est toujours parfaitement juste et simple.
Il y aura toujours quelques chagrins pour trouver le parfait trop parfait. Voire le quart de ton presque suspect ; qu'ils retournent à leurs Melody Gardot, on ira prendre un Breakfast in Baghdad avec plein de schnitzel with noodles et de Crisp Apple Strudels... Et on attendra patiemment la fin du mois pour voir des photos de la chanteuse sur ce blog !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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