Sur Internet en général, et dans les réseaux sociaux en particulier, il y a une règle immuable et passablement agaçante pour les médias traditionnels qui consiste à instrumentaliser l'outil pour mieux le dévoyer, le contrôler et tenter de le rendre inutile. L'usage de Twitter est un cas d'école particulièrement remarquable pour qui veut comprendre ce processus de délégitimisation. Cet accaparement de l'information et du réseau afin de vendre du contenu prédigéré et débarrassé de l'appropriation par le lecteur...
J'ai déjà dit ici tout le bien que je pense du site aux 140 caractères ; justement parce que par sa concision, il se rapproche d'un fil actu pointu. A bien des égards, c'est avec le surf sans but précis le meilleur moyen de tirer profit du réseau en mêlant réactivité, partage et convivialité.
Autant dire que cela ne pouvait pas durer !
Que les rédactions des vieux médias regardent les nouveaux médias avec méfiance et mépris, ce n'est pas nouveau, et c'est bien un truisme de le dire. Mais décidément, les vieilles rédactions ne savent pas imaginer Internet autrement qu'avec affolement et plus grave, déraison.
Depuis que Twitter existe, il est un réseau où les journalistes de tous genres (sport, culture, généralistes, politiques), mais aussi plein de spécialistes de telle discipline, de militants de telles ou telles causes, fut-elle improvisée. Tous ces gens échangent des liens, des sous-entendus, des vannes ou des tacles. les réseaux se créent et l'info y est vivante ; qui plus est, les réseaux très différents (les dindes et dindons fans de Bieber, par exemple) peuvent s'ignorer joyeusement. Tout ceci est très bien expliquer dans l'article de Télérama sur Twitter, l'un des rare article de la presse écrite francophone qui parle vraiment correctement de cet outil...
Mais pourquoi le vieil hebdo culturel en est venu à faire un papier sur l'oiseau ? Parce que le fait de société avait besoin d'être épousseté de sa fausse magie et de ses fantasmes.
Aussi parce que les vieux médias on fait de Twitter un tel fantasme que l'outil a été mis sous toutes les lumières, y compris les plus trompeuses, sans d'ailleurs que cela n'augmente de manière significative la fréquentation de Twitter, et pour une raison simple. Twitter n'est pas Facebook, c'est à dire n'est pas ludique. Quand on n'a rien à y dire et pas de réseau pré-existant, on existe simplement pas.
C'est là que vient la tentative de délégitimisation, en trois temps. On nommera la parabole "On lèche, on lâche, on lynche" en souvenir d'un excellent rappeur français.
Le premier temps consiste à évoquer le réseau de manière un peu ésotérique dans les 20h et les avatars du Parisien comme l'endroit de ceux qui savent armés d'un smartphone (puisque dans un premier temps, Twitter fut présenté limite comme un service de GSM...) ; dans sa phase frénétique, cela peut aller jusqu'à faire croire que twitter fomente des révolutions ici ou ailleurs, ou annonce les cataclysmes avant les autres (ce dernier point n'est pas faux mais logique : quand on mutualise l'info, elle gagne en réactivité...).
Le second temps consiste à vouer le réseau aux gémonies en l'accusant des pires mots (rumeurs, précipitation, quant à soi...) qui sont les mêmes que les médias traditionnel, mais comme le réseau n'est pas si aisé à comprendre, la suspiscion passe plus facilement.
Le dernier temps, nous le vivons aujourd'hui avec les rédactions qui veulent siffler la fin de la récré avec leurs employés qui partagent l'info sur des canaux moins archaïques sous prétexte d'une possible divergence avec leur rédaction. On avait bien compris que pour certains médias, les journalistes étaient des salariés comme les autres. Les voilà donc bientôt devenus des tertiaires sans machines à café publique, sans voix, sans pensée, sans Work in Progress, sans état d'âmes et sans mutualisation.
Question : Sera-ce la fin de twitter ou le début de la fin pour les vieux médias ?
Laissez, j'ai la réponse.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir

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