Faut il qu'il pleuve à seau pour que j'arrive enfin à m'asseoir devant ce foutu écran autrement que pour bosser ou pour écrire pour Citizen Jazz ? C'est une question qu'il convient de se poser tant le temps file sans qu'il me semble arriver à en être maître. j'écoute de la musique, et j'ai des dizaines de choses à écrire sur des disques qui me passe entre les oreilles attentives (Syntax Error, Olivier Benoit, Torque, Joëlle Léandre, et le dernier Ducret que je découvre en écrivant ce billet !)...
J'ai pourtant le temps de Twitter, et de répondre à des chouettes sites dans les commentaires. J'ai toujours dit le plus grand bien de Culture Visuelle, média social d'enseignement et de recherche autour de l'image où interviennent entre autre André Gunthert ou Christian Delage avec grand talent. Ce dernier écrit depuis cet été des articles sur le jazz que je n'ai découvert que sur le tard ; que l'on me rende justice. Comme je l'ai dit, je n'ai le temps de rien...
On y découvre un authentique amateur de jazz, dont les goûts diffèrent en partie des musiques que l'on trouve ici, mais qu'importe ! Il est toujours intéressant de lire un autre passionné. Dans son dernier article, l'auteur évoque la photo de jazz, au regard de ce qu'il a pu observer lors de ses festivals de l'été. J'ai souhaité commenter cet article car à la fois il me semblait cadrer plus large, sur la photo de concert en général, et se faire réducteur en axant sur certaine photo de jazz qui n'est pas forcément la plus emblématique. Il a très gentiment précisé son propos, ce qui le rend plus juste.

Prenons des musiciens radicaux pour ne pas être pollué par des considérations musicales et ne pas comparer par le genre. Pour moi, une photo de concert, c'est ça :

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Une photo de Jazz, c'est ça :

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Je ne sais pas si chacun aura saisi la différence... A mon niveau, cela m'aura permis de me replonger dans mes beaux livres de photo de jazz pour me poser la même question, connexe à celle posée il y a quelques mois... : Pourquoi la photo de jazz ?
Question bête, puisque à peu près dotée de la même réponse que "Pourquoi le jazz ?" : La cristallisation en une note. En un mouvement d'obturateur, la différence est mince.
Je ne me suis jamais considéré comme bon photographe de jazz ou de concert -jugez en !- mais simple illustrateur de mes ressentis. Voir le travail de mes camarade de Citizen Jazz, qui eux méritent des portfolios, permet de s'en rendre compte !
Seule compte l'énergie retranscrite par l'image, de la force d'un son, et peut être plus que dans d'autres musique, de son environnement esthétique... Cet amour du mouvement et de la lutte. De la transe et de la puissance. De la pénombre et de la lumière soudaine d'un cuivre. De l'improvisation et du mouvement. De l'imparfait et du flou comme de la dissonance et de la fulgurance. C'est aussi simple que cela. Argentique, numérique, on s'en fout, c'est ce que dit la photo qui compte, cette liberté à aller contre les normes. Voir le travail de Léonard et Claxton et ces noirs et blancs profonds... J'ai toujours dans la tête le magnifique "Jazz de J à ZZ" de Le Querrec dans la tête et cette photo que j'adore pour ce qu'elle montre, c'est à dire rien pour ceux que le jazz n'aura pas transpercé...
On en vient aux pochettes de disques, ceux qui sont finalement le sel de ce blog.
Elles déterminent à elles seules tout ce qu'est à mon sens l'esthétique de la photo de jazz. Rien de mieux que le livre Jazz Covers ou le catalogue de l'expo Un siècle de Jazz pour s'en rendre compte : l'apparition presque incongrue de Braxton sur un disque de 1969 à la clarinette. Le regard soutenu d'Ornette Coleman sur This is our music. Le flare de Kulu Sé Mama de Coltrane. L'ombre tapageuse de Miles sur Birth of cool. La fragilité de Dolphy sur Out There. La puissance de Blakey sur Orgy in Rythm. La barbichette renversée d'Ayler sur New Grass...
Toutes ces imageries auxquelles on pense forcément lorsqu'on fait de la photo de jazz. Et puis une au dessus de toutes pour moi : celle qui illustre le disque Sun Ship (tiens donc) qui fut un électrochoc aussi fort musicalement qu'esthétiquement : ce soprano au pavillon net alors que le visage de Coltrane est ravalé au simple rang de graphisme agressif...
Cette photo que sans cesse, depuis une décennie, je rêve sans succès d'approcher...

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