Le musicien de Jazz est il chez lui en tout lieu de ce Monde ? Qu'est devenu la notion de Nation dans ces temps galvaudés où la politique du chiffre, la peur entrenue par de tristes pyromanes, et la frilosité culturelle sont devenus les fourches caudines du nouvel ordre économique ? "Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez l'exploitation d'une Nation par une autre Nation" dit Marx dans le tome 2 du Capital... Avouez que ça tombe bien pour un disque du label Das Kapital Records !
Si l'on aime les disques qui interrogent au delà de leur esthétique musicale, le disque d'Hasse Poulsen, Progressive Patriots, est absolument immanquable. La guitare électro-acoustique de Poulsen a toujours accompagné des projets très contemporains avec des grandes figures de la musique improvisée, de Sclavis à Chevillon en passant par le très remarqué Das Kapital l'année dernière.
Cette idée d'appartenance à une Nation est née dix ans après être arrivé en France pour vivre avec sa femme et ses enfants. Un projet d'une grande modernité, comme la musique fulminante et belle qui s'en dégage. Une musique du collectif Vent d'Est, et on les aime beaucoup ici ou ailleurs...
Un disque pour fêter sa carte de dix ans au pays des queues interminables devant les préfectures, en plein dans le temps des ministères de l'identité nationale ? Il est des musiques radicales qui répondent mieux que tout aux discours nauséabonds par leur beauté autant que par leur hargne. Imprégnons-nous de la puissance d'un morceau comme "Opener" qui ouvre (ça tombe bien !) l'album droit devant. Prenons de plein fouet les deux saxophones alto de Stéphane Payen et Guillaume Orti en éclaireur vite rejoints par la contrebasse chauffée à blanc de Henrik Simonsen. Voyons avec quelle rage incontrôlable cette musique vient de la nation jazz, celle qui ne reconnait ni frontières ni limite, et se nourrit de tout ce qui la tangente pour devenir plus forte sans assimilation ni conversion mais par multiplication des options possibles.
Voilà longtemps que le projet du guitariste danois excite la curiosité. Le disque est l'une des belles surprises de l'année, tant par son propos que par la qualité qui s'en dégage... Poulsen, hormis dans le remarquable "They Might Think I Was Soft" où il s'offre un solo électrique déchainé laisse beaucoup de place à ses comparses. Les soufflants d'abord, deux alto colemanien tendance Steve qu'on est heureux d'entendre ensemble. Ils galvanisent cette musique, notamment le morceau "V", écrit par Orti et dominé par leur échanges,  même si l'on y trouve un duo magnifique entre Poulsen et Simonsen à l'archet.
Le contrebassiste est certainement la plus grande surprise de Progressive Patriots. Musicien ouvert à toutes les expériences, de la musique de chambre aux comédies musicales, il est éclatant et excelle dans le jeu d'archet. Son association avec Tom Rainey est déterminante dans la solidité de Progressive Patriots... Que dire de Rainey qui n'ait été déjà dit ? Il sublime les rythmiques bancales et trouve toujours des ressources inédites à son instrument. Entre Tower et Progressive Patriots, son année 2011 culmine.
Progressive Patriots est brut et étincellant. Après "Born under two flags" au pivot de l'album, où les deux saxophonistes terminent de cartographier avec précision l'absence des frontières dans un duo saisissant, le propos se fait plus rasséréné. Comme la certitude intime du cosmopolitisme, ce mot magnifique que tant de terreurs rances voudraient nous rendre indigeste.... L'exemple le plus frappant est sans doute "Children of Migrants" et ce temps suspendu qui dit au fond tout ; on nait de l'instant ou l'on est.
un album Remarquable.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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