Il ne s'agit pas de commenter les gesticulations fiévreusement acides de ce gouvernement concernant cette crise. Le vaudeville se joue chaque soir au 20h. Il consiste à vitupérer envers les grecs et leurs stupides inventions, parmi lesquelles cette coûteuse démocratie qui fait tant de mal aux Marchés et à leurs divine main invisible. Je le laisse avec tellement de plaisir ce commentaire à ceux qui le font avec plus de talent que moi !
Ainsi, nous savions depuis des jours que le voyageur sarthois allait revêtir son costume favori de croque-mort pour nous interpréter un Churchill famélique nous vantant sang et larmes, entre autres joyeusetés pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'avoir un rond de serviette au Fouquet's.
Pas de surprises donc, de voir la TVA particulièrement impactée par ces "décisions courageuses" ; normal puisqu'elle demande le même effort pour le bouffeur de chips de chez Lidl que pour l'amateur de truffes de chez Fauchon. De la répartition, en somme.
Dans ce déluge d'augmentation, l'une d'entre elle ne fait guère la Une des gazettes, et pourtant ! Elle est cruciale, la hausse de TVA sur les livres, de 5,5 à 7%. Fadaises, nous répondra-t-on. Dans le contexte actuel, alors que la crise-dans-le-poste s'apprête à manger nos enfants et à transformer la note de la dette en andouillette de seconde zone, il faut être vraiment le pire des Pierrot Lunaire pour penser aux ouvrages... Et puis tout est fait pour la Culture. Le mantra Hadopi se suffit à lui seul pour mettre la main sur son coeur en pensant très fort aux artistes.
Certes, voir les cabaretiers des supermarchés du livre sortir le mouchoir à carreau ne pousse guère à la révolte. Leur sort ne nous importe peu. L'absence de réaction de notre ministre en papier bible préféré est en revanche lourd de sens. Lourd de cette haine constante de la Culture qui défend le droit d'auteur comme on supporte un chanteur de charme dans une tournée des hospices. Sans doute faut il faire payer au monde ces années de souffrance sur cette pimbêche de Clèves et faire taire un peu plus les idées. En conséquence, des centaines d'éditeurs indépendants vont crever au nom du sauvetage des banques ; la vengeance du patron sur Bartleby, en somme.
Car il ne faut pas se leurrer. Pour les conglommérats de culture en boîte, en musique comme en littérature, cette mesure n'aura aucune conséquence. Elle n'en aura pas non plus sur la mévente du très attendu livre de coloriage du quinquennat. Il n'en est pas de même pour les librairies indépendantes. Celle-là même qui était défendues avec force trémolo par notre ministre quand il créait le label LIR il y a... 3 mois ! Cela donne le poids de la Culture dans notre pays, et sa seule utilisation à des fins de calinage de courtisans.
De même, elle aura un impact sur les voix dissonantes et sur les accès publics à la lecture. Celles qui forment des esprits critiques et ouvre la porte à la culture : écoles comme bibliothèques publiques ne récupèrent pas la TVA. C'est donc, en conscience, un coup de poignard dans leur budget -et dans celles des collectivités territoriales, tiens donc !-. Sur ce point, le silence est absolument complet.
Le calendrier, sans doute.
Où les priorités.
Sauvez un trader, mangez un livre.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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