On en avait déjà parlé il y a quelques mois, lorsque l'aventure avait commencé sur le site et que nous attendions le lundi avec le sourire en coin d'entendre la nouvelle bétise de Katerine et de la bande à Ripoche, Francis et ses Peintres. A consulter les requêtes Google qui pointent vers Sun Ship, vous êtes un paquet à vous demander ce qu'il en retourne de ce nouveau disque de Katerine. Alors reparlons-en.
Comme souvent -comme toujours ;-) ! -, les curieux des musiques improvisées avaient une longueur d'avance et une idée de ce que cela pouvait donner, puisque "La Paloma", le disque du quartet avait déjà inviter le vendéen pour chanter "Capri C'est Fini" et "Au bal Masqué". Une certaine vision du Great French Songbook... En cela, l'expérience n'est pas que cocasse, elle interroge également à notre rapport sur notre "variétés" et ce qu'elle représente aujourd'hui.
52 reprises dans l'espace, comme 52 semaines... Ce qui ne devait être au départ qu'une expérience sur Internet devient un triple album qui interroge sur la posture de Philippe Katerine face à l'industrie du disque. on y revient plus bas.
De cette pochade -"Papayou"-, sortent parfois des moments de félicité : Le riff virulent de Gilles Coronado de "Maman a Tort", les arrangements acides de "Qui c'est celui-là", la basse lourde de Fred Chiffoleau sur le génial dégoupillage de "La boîte de jazz".... Ah la boîte de jazz ! c'est avec un véritable sentiment de vengeance des méfaits de Michel Jonasz envers la musique de jazz qu'il faut l'entendre... Il est d'ailleurs assez aisé de savoir quelle chanson Katerine a envie d'assassiner. "Le cimetière des Eléphants", chanté outrageusement faux, en fait indubitablement partie.
On découvre des chansons très investies par Katerine, souvent des ballades : "Ballade Irlandaise", "La biche et le Chevalier" ou encore "Déshabillez Moi". Musique plus riche au départ, évidemment, que "A la queuleuleu". Cependant, le traitement en est radicalement différent par le quartet qui dans l'ensemble transcende un paquet de véritables bouses intersidérales avec talent.
Et puis il y a les surprises, qui mettent en partie en lumière le travail hallucinant de François Ripoche sur les arrangements. Parce que c'est étourdissant d'arriver à trouver un arrangement correct à un morceau de Jean-Patrick Capdevielle ; parce que arriver à donner de l'épaisseur à "Chacun fait (c'qui lui plait)" est un tour de force. On l'imagine écouter en boucle "Saga Africa" ou "Euroman" pour en sortir une moelle qui n'a rien de subtantifique. On le plaint parfois ; on s'en amuse souvent.
C'est d'ailleurs avec le même amusement que j'ai parcouru les critiques et les commentaires -variés- concernant cet album, regrettant les arrangements et le filoutage de Katerine, réclamant le retour du chanteur du disque "Les Créatures"... Une simple consultation de cette pochette leur aurait permis de découvrir que c'est Ripoche qui l'avait arrangé !
Après un album sous son nom seul (Philippe Katerine) sorti en 2010 qui en avait dérouté plus d'un, Katerine continue à obliger sa major à sortir des albums réputés invendables. Ce sont plus des concepts que de la pop-music avec une liberté assise sur ses succès passés. C'est comme s'il poussait le bouchon jusqu'au point de rupture commerciale. En ce jour de rachat d'EMI par Universal, il semblait important de faire un clin d'oeil à cette démarche.
Pour l'instant, ça tient ; on attends la suite avec impatience...

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