Après un premier album inspiré des traditions mandingues, le vibraphoniste David Neerman, que l’on a pu voir dans l’ineffable United Color of Sodom ou dans Slang, et le balafoniste Lansiné Kouyaté, compagnon de route de Manou Dibango, Oumou Sangaré, Mamani Keita ou Jean-Jacques Avenel (pour le très beau disque Waraba, en 2004) ont enregistré il y a peu le disque Skycrapers & Deities sur le label No Format.
Un disque qui s'empare d'une musique très moderne, influencée tant par l'électronique et notamment le dub que par l'éthio-jazz et l'afro-beat. Grâce à la complicité du batteur David Aknin et du bassiste Antoine Simoni, la joute entre les deux percussionnistes devient un voyage dans le groove mélangé de la sono globale. De ceux qui ne cherchent ni à singer, ni à diluer le propos. De loin en loin, on pense à un album de Tony Allen avec Doctor L, (Psyco on da bus), notamment sur "Un soleil noir sur le déclin". Cela se sentira avec bien plus de force et de consistance lorsque le poète Anthony Joseph viendra poser sur "Haïti" cet énigmatique texte qui parle de Skycrapers and Deities...
Des gratte-ciels et des divinités, le nouvel album donne tout de suite la couleur. Une divagation amicale entre un son très urbain et l'absolue africanité du balafon, entre cette modernité pleine de richesse qui intègre en elle toutes les voix des traditions. Un monde rêvé et utopique qui n’existe peut être que dans la musique et qui trouve sa quintessence dans la douceur d’un morceau comme « Phalènes ». On comprendra mieux cette complicité entre les deux leaders en lisant la très belle interview de l'amie Raphaëlle pour Citizen Jazz.
Le son de cet album est très particulier. Il se joue des sensibilités jumelles des deux instruments et de l'inattendu de leur rencontre, notamment entre le balafon au ton mat et le vibraphone électrique débordant de Neerman... Quelle trouvaille que ce dédale de pédale qui fait des riffs électrique et construits des nappes acides !
Avec le duo de Vincent Ségal et de Ballaké Cissoko, c’est devenu une constante du label que cette rencontre entre Afrique et Europe cherchant dans le mélange de timbres proches (le violoncelle et la kora, le vibraphone et le balafon…) un langage commun et universel qui ne serait pas dans la domination ou dans la démonstration, mais dans le dialogue ouvert entre musiciens, entre virtuoses sans ostentation. Il n'est donc pas étonnant de retrouver Cissoko sur cet album, et tant qu'invité sur le très beau « Diétou » qui donne encore une autre facette à cette musique… On s’en prendrait presque d’ailleurs à rêver d’un projet à quatre !
Skycrapers & Deities est un projet étonnant qui transpire l'amitié et le plaisir à jouer ensemble. Nous suivrions loin ces griots de l'espace !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

25-Garance