Dans ses habituels voeux à la Culture, les derniers de ce mandat, le Président de la République a choisi Marseille pour continuer sa campagne faire le boulot qui devrait revenir logiquement à un ministre de la Culture, manifestement consigné au rôle de porteur de gerbe pour artistes morts... Cela, on l'avait prédit dès son arrivée ; on s'imagine ministre romantique et l'on finit nécrologue-en-chef comme le dernier échotier des bas-fonds de France-Dimanche. Laissons-le de côté. Ses voeux à lui, quelques jours avant, avait l'odeur d'un -dépôt de- bilan dont il conviendra à chacun de juger de la délétère vacuité ou pas. Pour le reste, il n'y aura qu'à se référer au futur programme de l'UMP.
Visiblement, la fermeture sans fondement de Megaupload -adieu, moi qui ne télécharge pas, les échanges légaux de fichiers et de maquettes entre copains pour connaître l'avancée du boulot ou donner des conseils...-, qui nous avait valu un bien incompréhensible satisfecit de la part du Château a donné des ailes aux rédacteurs du discours. La défense des artistes pour attirer leur sympathie, celle que ne lui témoigne que quelques poussah mainstream délocalisés en Suisse, témoigne toujours de ce gramscisme mal compris : on remporte la victoire quand on impose les mots, pas quand on fait la bise à Mireille Matthieu. Et puis, il faudrait lui dire. La reconversion en grand protecteur de la chose culturelle est tellement grosse que l'on dirait du David Douillet. N'oublions jamais que celui qui "change" au gré des rendez-vous électoraux "souffrait sur" madame de Clèves et tentait de faire jouer du Rika Zaraï aux représentants israéliens au début de son mandat.
Boosté par le "succès" megaupload auquel il n'est pour rien, on assistera à un véritable numéro de cirque pro-hadopi sur lequel on ne va pas revenir. Sachons seulement que le pauvre "esprit" de Malraux fut une nouvelle fois convoqué dès le second paragraphe. puis qu'il fut question de Pompidou Mobile. Ou peut être si, il faut y revenir un peu. Juste sur deux phrases qui en disent long, au delà de la politique, sur ce rapport magnétique à l'argent et sur les distances prises avec la réalité.
"Est-ce que l'on respecte ce qui est gratuit ?". Doit on le commenter tant on connaît sa réponse, tant rien ne semble moins compter que l'argent... A cette morne question digne des pires clichés du Bac, opposons donc une autre question : "Est-ce pour ça que le problème des intermittents a été traité dans le plus profond mépris ?"
Et enfin, la plus belle. "La différence entre Mozart et le créateur contemporain, c'est le droit d'auteur. Des millions de "clics" de pirates pourraient remplacer les caprices des princes..." ; peut-être aura-t-il découvert Milos Forman récemment. Le parallèle entre un internaute qui télécharge "Les Experts Miami" et ce bon vieux Hieronymus Colloredo prêterait à rire s'il ne recouvrait pas un inversement incroyable de la réalité. Qui méprise qui aujourd'hui ? Qui ne signe pas les artistes ? Qui se remplit les poches avec la médiocrité la plus crasse ? Les majors ou ceux qui téléchargent ?
Comme pour boire le calice jusqu'à la lie, il reste encore une "grande oeuvre" culturelle à boucler pour ce quinquennat. Le Centre National de la Musique. Cette sorte de Centre National du Cinéma adapté à la vite, celui-là même qui a externalisé les subventions, et a, de fait, favoriser les grands studios. Une sorte de "machin" né d'aucune concertation qui verra le jour avant avril. Un CNM né d'un rapport public plus que contesté rédigé par un concessionnaire auto et un chanteur pénible. Observé sur le seul prisme économique en obérant absolument la création et le devoir absolu du ministère de la Culture de préserver ces marges qui sont tout sauf financières, ce CNM ne sera qu'une grande usine à normaliser. En bref, un sorte de condensé de cinq ans de Culture.
C'est pour toutes ces raisons que j'ai signé cet "appel des 333". Je vous invite à faire de même. Parce que quoi qu'il arrive, on sait qu'il faudra se battre.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

07-Rockstar