Après un premier album sorti sur le prestigieux label Tzadik de John Zorn, on est heureux de retrouver les six musiciens toulousains de Stabat Akish dans un nouveau disque, désormais autoproduit. Nébulos, le nouvel opus n'est pour l'instant disponible qu'en vinyl et en téléchargement MP3, mais on annonce pour Mai une sortie en format CD sur le label italien AltrOck ; quoiqu'il en soit, et quelque soit le support, il est important d'évoquer bien vite ce magnifique album. On retrouve dans Nébulos la verve iconoclaste du contrebassiste Maxime Delporte, auteur de tout les morceaux et leader de cette formation qui n'aime rien mieux que de naviguer au gré des envies, des recherche d'intensité et d'une bonne dose d'humour dans une mer agitée à vous rendre malade n'importe quel entomologiste des étiquettes musicales.
C'est le morceau « Nébulos » qui ouvre l'album et qui capte aussitôt une urgence, une excitation. Entre les claviers martelés, de Rémi Leclerc et le vibraphone de Guillaume Amiel, on découvre un Delporte incroyablement sec et nerveux, qui attise la fébrilité de ses comparses. On l'avait vu être le liant et maitriser la masse orchestrale dans le premier album. Le voici boutefeu, sans que la cohésion de l'orchestre s'en trouve modifiée. Au contraire, il galvanise l'unité des musiciens, entre la puissance rythmique de son entente avec le batteur Stéphane Grateau et la présence de deux soufflants paroxystiques, l'excellent Marc Maffiolo et son tonitruant sax basse (et ténor) et Ferdinand Doumerc, par ailleurs illustre membre de Pulcinella, qui lui aussi peuple la grande famille des saxes (sopranino, alto, tenor, baryton !).
Très écrite, toujours construite en une multitudes de petites saynètes qui s'entrechoquent au sein d'un même morceaux, la musique très zappaïenne de Stabat Akish se féconde au contact de ce groove impatient. Lorsque le moog vient paraphraser la basse où que les marimbas viennent sonner la fuite vers une autre atmosphère, le sextet suit ce train d'enfer sans jamais perdre en intensité. Au fil des morceaux, on découvre les influences évidentes : Mingus dans cette recherche méticuleuse de la parole collective, ou encore Laurent Dehors dans cette capacité à mettre les brisures en cohérences. Mais on songe à Zorn bien souvent, notamment dans cette recherche de mélange d'images et de son qui fait songer à un Deadly Weapons sous amphétamines...
Au fur et à mesure de l'album, on découvre une thématique cinématique parmi les influences. Lalo Schiffrin, notamment dans le remarquable « Le Chiffre » qui clôt l'album dans une atmosphère de film d'espionnage des années 70 digne de Pakula. Pour ce morceau, Stabat Akish se mue en un petit big-band avec l'invitation du tromboniste Olivier Sabatier et du trompettiste Nicolas Gardel.
Parmi les autres influences, on retrouve, dans un morceau plus mélodique comme « Un peuplier un peu plié », les univers oniriques et enfantins de François de Roubaix, notamment grâce à la grande complémentarité des claviers.
Avec de telles influences, on pourrait retrouver par petite touche, une atmosphère déjà rencontrée dans le Sacre du Tympan. On y songe, bien sur, mais le jeu de timbres très particulier de Stabat Akish, tout comme son approche moins pop de cette musique chaleureuse donne un Nébulos une couleur beaucoup plus pétillante... Et qui cherche moins le « vintage » qu'un espace musical infini pour s'ébrouer avec vigueur.
Dans son premier album, Stabat Akish avait déjà mêlé avec bonheur les voix et la musique. Ici, Delporte en a même fait le pivot de son album avec deux morceaux « Troïde » et « Sprouts ». Il s'agit de morceaux construits à la manière d'un suite qui raconte une histoire de conspiration à base de toxine botulique. C'est la comédienne Sarah Roussel qui a écrit cette histoire singulière qui convoque l'imagerie des séries Z des années 70 et l'humour décalé qui s'y rapporte. Les musiciens l'accompagnent dans un groove électrique impeccable qui fait songer immanquablement aux musiques accompagnant les films italiens dits « giallo ».
On regrettera qu'à cause du format contraignant du vinyl, les deux morceaux aient du être intervertis, même si cela donne un côté un peu plus loufoque à l'ensemble. Gageons que lors de la sortie prochaine du CD -qui reste le format qui offre le plus de liberté, que ce soit dit-, les morceaux seront remis dans le bon ordre !
Nébulos est un disque jouissif et joyeux dont on peine à quitter l'écoute tant il y a de fausses pistes et d'idées fugaces, de recoins et de direction. Le tout est joué avec un plaisir évident que l'on ne peut que partager.
Nébulos est un indispensable... Un de plus dans ce feu d'artifice de ce début d'année !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

16-Veules