Non, ce blog n'est pas en friche.
Il y a eu bien sur le mois de mars qui est chez moi un moment où le temps file, mais il y avait également une incroyable sidération. De celles où l'on voudrait dire mais rien ne sort ; ou de manière tellement désordonnée qu'il serait vain de le coucher par écrit.
Que dire ou même qu'écrire dans cette période où l'espace est mangé, maltraité et absolument rendu vain par une campagne électorale qui n'aura jamais, peut-être, et à de rares exceptions populaires, été aussi déconnecté de toute réalité ? Que le sortant est méchant ? On a joué la partition partout, et même ici sur ce blog né, par hasard, de 2007.
Très vite, je vous ai proposé d'entendre la clarinette (ou pas...), parce qu'il était fatigant de relever telle ou telle incohérence, tel ou tel revirement de la part d'un pion dont la seul idéologie est de se retrouver du bon côté de la Classe.
Et puis un blog culturel, dans le marasme imposé, deviendrait presque clivant... On en rira peut-être un jour, quelque soit l'avenir. Il faut dire qu'il y aura matière, même si j'en arrive à plaindre ceux qui on fait de l'antisarkozysme un unique sujet de militance durant ces cinq années. Car il n'y a rien de plus triste que l'intelligence qui, voyant la lune contée par le politique, se borne à regarder le doigt.
Mais comme je suis plein de contradictions, et comme on nous annonce un changement de visage -pour la politique générale et culturelle en particulier, je demande à voir-, je vous propose de rire une dernière fois avec le cinéma. Le cinéma, voilà la grande affaire de ce mandat. On l'avait commencé avec Clavier et Réno, on le termine avec Dreyer. Lorsqu'on lit Frédéric Martel, on sait qu'on a appelé ça la "représidentialisation" ; on se contentera d'appeler ça le ridicule.
Il y a quelques jour, Allociné a demandé aux candidats de raconter leurs films préférés. On se posera la question de l'opportunité d'une telle démarche, mais elle est là. Et de regarder, bien sur, les choix de notre cuistre national qui s'était fait de son inculture une gloire qui disait tout son mépris du "populaire", avant de virer investi d'une mission culturelle au gré des sondages et des fiches de son staff. Jugeons ensemble : en 2007 c'était Melville et Jessie Nelson (?) et en 2012, Vigo et Lubitsch. Au delà du revirement, typique et même attendu par habitude, le questionnement...
Passé la sidération d'avoir les même goûts que les fiches du Président -petit padawan faiseur de fiche, sache que si tu rajoutais Bergman je syncopais-, on en vient à se poser des questions.
Cela concerne principalement la motivation d'un tel mensonge. Si tant est que les goûts cinématographiques ou musicaux pourrait avoir une quelconque influence sur le vote, qui pourrait croire à sa sincérité ? Qui peut imaginer le Président goûter le souffle Libertaire et enfantin de Zéro de Conduite de Vigo ? Son seul point commun, terriblement infime, c'est cette frustration d'enfance que l'on perçoit.
On pourra se dire également que la principale qualité de ces films, d'un point de vue marketing c'est de faire briller auprès de la majorité qui ne les aura pas vu... Mais là encore quel intérêt ?
Au delà de la période absolument terrible que nous aurons vécu en terme de casse sociale et de popularisation du tous contre tous, et au delà également du côté passablement ridicule d'un gars de 60 ans qui s'en trouve rendu à trahir sa nature profonde pour se donner des airs, on en arrive à se dire que la cristallisation de toutes ces années ne tenait finalement qu'à une chose...
Un piêtre complexe d'infériorité mis en scène pour le rendre télégénique.
Quand je vous dis qu'on en rira, un jour...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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