Après une rencontre au sein des grenoblois du Grolektif où ils avaient sorti Tô (ici chroniqué par ma camarade Diane Gastellu), leur premier album, les trois musicien de l'énergique trio Lunatic Toys nous propose sur le très prolixe label Carton un nouvel album, Briciola. Ce nouvelle sortie, album à part entière avec un très beau graphisme de pochette, s'inscrit dans une certaine continuité tout en étant plus libre, plus noir et pour tout dire, beaucoup plus abouti.
Je n'avais pas chroniqué Tô, car je trouvais qu'il y manquait une consistance. Qu'il était par trop atmosphérique... Avec ce Briciola moins serein, mais plus sombre et plus cru, il est certain que la voie est trouvée, avec plus de puissance et plus de corps ; plus de plaisir aussi.
Au sein de ce trio libertaire, sorte de power trio sans guitare qui ne se lasse jamais de visiter une musique libre et sans étiquette, Lunatic Toys pioche autant dans le rock que dans le métal et la musique électronique. On reconnaitra très vite une affinité élective avec des groupes amis. Des influences communes à la nouvelle génération des improvisateurs comme Q, avec qui le trio partage indubitablement un goût commun pour Terje Rypdal et ses plages monochromes griffées d'électricité, comme dans « Neck ». on pensera également à Contrabande (deux productions de chez Rude Awakening) et surtout, bien sur, Irène.
C'est dans ce sextet made in Carton que l'on retrouve Clément Edouard. Toujours dans un style très influencé par le Métal, on le retrouve également dans Polymorphe, le nouvel orchestre de Romain Dugelay dont nous reparlerons dans quelques semaines.
Le saxophoniste des Lunatics tient, dans Irène, le rôle de l'expérimentateur électronique, laissé ici à Alice Perret, divine surprise de cet album. Avec ses claviers brûlants et ses compositions très sombre, la clavièriste déjà croisée au sein de Bigre !, donne souvent la direction au trio, avec une assurance et une vraie puissance qui trouve de la poésie dans un univers bruitiste, très créatif et en constant mouvement (notamment le très lo-fi « All in » composé par Clément Edouard) . Ainsi, dans « Silence Radio » qui est certainement l'un des meilleurs morceaux de l'album, l'ouverture métallique et acide du clavier qui évoque presque un riff acrimonieux de guitare vient se heurter à une levée de batterie corrosive, elle-même bousculée par le son rauque et explosif de l'alto d'Edouard. Il y a une vraie synergie entre ces trois-là, une émulation qui cherche la puissance sans pour autant céder à la facilité. Bien sur, dans « Gougoutte » qui ouvre l'album, on commence par un coup de poing qui évoquera subrepticement Panzerballet dans ce côté inexorable, mais les sons vintage des claviers de Perret transporte une autre atmosphère. Celle de ces fameux jouets, aliénés aux rythmes qui ont donné le nom au groupe. Des rythmes assuré par l'impeccable batteur Jean Joly, véritable pivot de Lunatic Toys
Au fur et à mesure que le morceau progresse, on perçoit les interstices, les plages faussement tranquilles, les influences pop, notamment dans la simplicité mélodique d'un morceau électro-sensible comme « Airport ». Simplicité pop qui n'est souvent qu'un leurre qui sert avant tout à mettre en relief une complexité revendiquée dans le chaos. Même dans les morceaux plus virulents comme « B&B&B » où Joly s'engouffre dans des polyrythmies venimeuses bardées d'électricité qui évoque à petites touches l'électro de Add N to [X], il y a des souffles, des moments plus colorés qui mettent encore plus en lumière la part sombre des Lunatics Toys, extrêmement créative. Elle traverse l'album de part en part et l'illumine.
Briciola, en italien, veut dire miette. Des petits résidus, sans doute, qui affrontent le sol quand on s'attaque à la masse sonore.
De ces miettes là, Lunatic Toys a fait un album très cohérent et vraiment réussi...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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