Si durant des semaines, ce blog n'a pas parlé d'autres choses que de musique, et encore pas souvent, c'est que la période à mon sens, ne se prétait pas à bloguer. J'admire ceux qui disent et écrivent ce qui leur passe dans la tête dans ces moments troubles ou la parole publique est entièrement dérobée par un prurit nauséabond. J'en suis dramatiquement incapable.
Dans ces moments, je n'arrive à être raisonablement clairvoyant qu'en petit comité ; c'est un peu le pécher mignon qui prévaut au moins depuis que j'écris en ces pages : je ne me sens pas légitime pour l'analyse politique. Enfin plus, disons, mais c'est une autre histoire. Alors, plutôt que la parole, c'est la sidération qui a pris place. L'histoire de cette campagne. L'histoire de cinq ans de tous contre tous et, comme un petit bonus, de haine de la Culture.
Arrêtons nous à cela, puisque ce blog est censé causer de Culture... Il y aurait tant à ressasser qui dépasse le spectre éditorial de ce blog. Si j'ai très vite arrêter de verser dans l'obsession assez commune de l'antisarkozysme, c'est aussi parce que la vulgarité et la rudesse servait surtout à délaisser la Lune pour regarder le doigt ; ce blog est cependant né en 2007 et on s'en souvient tous de cette pauvre Princesse de Clèves et de la Garde Républicaine à qui on veut faire jouer Rika Zaraï, petites pécadilles au regard des réceptions de dictateurs sanguinaires. Au fond, ce n'était que de la cosmétique antisociale, un peu comme des radars pédagogiques qui disent que vous roulez trop vite, mais qui ne font rien contre la vitesse.
Sur la fin de la période, peut-être encore plus qu'au début, l'envie de crier de colère était supérieure à tout. De colère, pas de déception. Ou alors de rage, parce qu'au fond, on voit tous ce qui arrive ; que l'on va peut-être souffler cinq minutes, cinq jours, cinq ans, mais que les nuages qui s'ammoncèlent ne promettent qu'une chose.
Reculer pour mieux sauter, si on ne prend pas un minimum le destin en main et que la même énergie soit mise dans la vigilance et la construction d'une vraie alternative sociale, économique et culturelle qu'elle fut mise dans la vigilance et la dénonciation. Plus ça va, moins j'y crois ; mais c'est au pied du mur, parait il... Mais c'est urgent et incontournable si l'on veut éviter un scénario hongrois (au sens de ce qui se passe en Hongrie, pas d'allusions aux origines du sortant.)
Avec l'antisarkozysme, on s'est bien tenu chaud entre nous. Sauf que cette campagne, avec l'effet loupe afférent à ce genre de séquence, l'a prouvé avec force : convaincre des convaincus ne sert à rien, surtout quand en face l'asservissement de la TV, la haine entretenue de l'éducation, de la lecture, de la réflexion posée autrement que par posture, permet tous les amalgames et les détournements. Certains se réjouissent d'une victoire ; au delà de la réelle bonne nouvelle d'avoir renvoyé un petit satrape réviser son Camus, il faut d'abord s'interroger sur le score qu'il a fait. Je ne sais plus qui disais que dans un pays éduqué et apaisé, le show de posticheur n'aurait pas du dépasser les 5%.
C'est un fait. Terrible. Et un échec. Bien plus terrible.
C'est peut-être là-dessus qu'il faut s'interroger. C'est peut-être là qu'est notre vrai boulot, a fortiori dans les pratiques culturelles...
Il ne s'agit pas d'attendre quoi que ce soit des nouveaux arrivants. Plus d'élégance, on le sait. Plus de calme, on s'en doute. Plus d'écoute, on l'espère. Le reste, ce sera à nous de l'obtenir. Restons sur le volet culturel, même si en dehors de ces lignes, il convidendra d'être vigilant à beaucoup de choses... Il y a des dizaines de chantiers à ouvrir, et sur lesquels il conviendra de juger les nouveaux. Ils partent avec un avantage : passer après papier-bible, qui aura absolument ressemblé à ce que j'avais prédit, est un forme d'assurance de briller.
Cependant, sur le Centre National de la Musique, sur Hadopi, sur le problème absolument crucial des Intermittents, sur la diversité de l'offre Culturelle, sur le Mécénat public de la culture de marge et de l'éducation populaire, il y a tant à faire, qui s'imbrique vraiment dans une perspective globale, qu'il ne faut pas se louper. Et se garder des nuages noirs qui ne manqueront pas d'arriver.
Surtout si l'on y fait pas face.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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