Il est trop tôt pour commenter l'arrivée de la nouvelle ministre de la Culture, quand bien même avons nous eu le temps de nous faire à l'idée de l'arrivée d'Aurélie Filippetti, pressentie à ce poste depuis des semaines. Certes quelques bruits nous orientant à Lille. Ce n'aurait pas été la plus mauvaise nouvelle de l'année, soit dit en passant.
Peut être n'aurons nous même pas à commenter tout cela. Il n'y aura sans doute pas grand chose à en dire. Retour à la normal, c'est le mot d'ordre, dirait-on ; retour à la normal Rue de Valois. Retour d'une politique, retour d'une agrégée de lettres classiques connaissant les dossiers. Dans "L'Humanité" du 8 avril dernier, elle disait que "La Création (...) ce n'est pas une question industrielle".
Dont acte.
Si l'UMP avait gagné, on avait étudié le programme et tout laissait à penser que le profil éventuel du ministre -si ministère de la Culture il y avait- aurait été plus industriel.
Voire Garagiste.
Parce qu'évidemment, les cinq dernières années que nous avons vécu n'ont rien eu à voir, de près ou de loin avec une politique culturelle. Je l'expliquai dans un billet récent. J'en suis presque désolé, mais le portrait que j'avais dressé à son arrivée de notre désormais ex-ministre était d'une acuité dont je me serai bien passé. Au moins, madame Filippetti n'a pas de sobriquet. Qu'elle le prenne bien, surtout ! Tout ce qui s'est passé durant le mandat Mitterrand n'aura été que marchandisation et industrialisation, abandon du mécénat public aux seules collectivités qui n'en pouvait plus, marginalisation accentuée des marges et, au final mépris profond. J'espère que nous aurons moins à dire ; c'est sur que nous aurons moins à rire aussi, même jaune. Parce que même si à plus d'un titre, le grand-guignol fut désopilant, on n'a guère ri de voir les festivals ou les labels indépendant mettre les clés sous la porte, les artistes du sud se faire importuner pour venir se produire en France, mettre des roulettes à Pompidou, La honte à l'étranger, les conseils-pour-faire-joli, La suprématie culinaire des cuistres fiers, La danse autour de Louis-Ferdinand, La Culture pour Chacun, les théodules, La France manquer de signer Acta, tenter de faire passer le pays pour le Désert des Tartares...
Mettre un terme à tout cela sera déjà une réussite ; il faut le dire car cette liste n'est pas d'une telle évidence, et seuls les actes compteront.
On a vu que l'éducation artistique, le cheval de bataille de Jospin en la matière, allait être remis au goût du jour. C'est sans doute une bonne nouvelle, mais attention à ne pas faire du démonstratif ou du simple apparat qui ne changera rien à l'accès des plus pauvres à l'éducation artistique, voire les en éloignait absolument. Notre ministre en papier-bible était une sorte de projection de ce que la droite pensait de la culture-paillette, celle qui fit tant de mal à l'époque Lang. Il faut faire une vraie accession à la Culture, à toutes les Cultures ; pour tous. une Culture qui ne soit pas une grand'messe ni l'éclaireur de l'Humanité qui va guider le Peuple. plutôt quelque chose d'ouvert, d'universel (on dirait de cosmopolite avec plaisir si ce mot magnifique n'avait pas mauvaise réputation, hélas...), à l'écoute des artistes avant tout et qui parle à tous. Ce qu'à fait la Ville de Rouen avec l'Humanophone récemment me semble aller dans cette -bonne- direction.
La nouvelle ministre s'en réfère à Jean Zay dans le même entretien à l'Humanité, avant Lang et Malraux.
Dont acte, en ce qui me concerne.
Reste la musique, le centre névralgique de ce blog... Durant la campagne, l'Equipe de Hollande a indiqué ne pas revenir sur le CNM. Pour y mettre plus de contrôle, manifestement. Ca donne envie de sourire. Tristement, hélas. Il ne s'agit pas seulement de mettre plus de règles. Il s'agit de ne pas laisser le guichet unique pour servir les mêmes faux-nez de l'indépendance qui jouent les éclaireurs pour mieux continuer à vendre de la soupe et profiter d'un système dévoyé. Le risque majeur du CNM est celui-ci. Il s'agit de mettre en cohérence le mécénat public de chacun des acteurs, et de l'offrir aux artistes qui en ont vraiment besoin, sans décorum ou effet de cours, juste pour permettre une création libre.
De ce seul point de vue, ce sera le marqueur culturel principal de ce gouvernement... Car nous avons envie de toujours voir ce genre de spectacles...

22-Humanophone