Cette année, je ne ferai pas comme tous les ans, état de la défaite de la musique. Non pas que je me sois réconcilié avec la fête du vomi musicale et des cafetiers réunis, mais parce qu'un orage salvateur et un principe de précaution auront fait rendre gorge à cette monstruosité, annulant le tintamarre.
Comme tous les 21 juin, je m'enferme dans ma bulle musicale, cette année faite de Résistance Poétique, de Joëlle Léandre et de Serge Teyssot Gay, d'Edward Perreau et d'Elise Caron ou encore du trio Zephyr...
Que de disques dont nous reparlerons dans les semaines qui viennent... Mais ce soir, c'est de DVD dont nous allons parler, et c'est sans doute une première. Des DVD qui me semblent appropriés pour ce jour, car ils portent en eux ce qu'aurait du être cette fête commerciale : la fête du partage de la musique et du gai savoir... Une définition qui sied j'en suis sur à merveille à Antoine Hervé.
Les leçons de jazz d'Antoine Hervé sont devenues une institution. Cet ancien directeur de l'ONJ de 1987 à 1989 (avec Ferris, Verly ou Laurent Dehors) sillonne la France avec un spectacle où il commente le parcours d'un artiste, ses habitudes musicales, des anecdotes dans le contexte, à l'instar du travail remarquable que fait Jean-François Zygel avec ses "leçons de musique" sur la télévision publique (les deux hommes ont d'ailleurs enregistré ensemble "Double Messieurs"). De la transmission, simple et pleine de passion par des pédagogues passionnés.
Ce qui aurait pu être une rébarbative conférence n'intéressant que les affranchis et les musigeeks sur l'influence de Debussy chez Oscar Peterson ou la rencontre avec le Brésil à travers Jobim devient sous les doigts et dans l'oeil lumineux d'Hervé un passionnant jeu de piste plein de recoins ludiques. La réussite de ces 3 DVD (Jobim, Peterson, Shorter) comme des spectacles, c'est cette capacité qu'à le pianiste à quitter ses habits de professeur pour devenir camarade de jeu. Dans ces leçons filmées dans les conditions du live, la caméra qui permet de voir les mains du pianiste projetées sur scène n'est pas un gadget d'épate, mais une clé supplémentaire pour comprendre le propos.
La causerie est récréative car le causeur à l'oeil vif. C'est aussi que le pianiste sait s'entourer. Pour Peterson, on le retrouve en trio avec les frères Moutin, dans un très bel échange nerveux et joyeux à propos d'un pianiste qu'il aime manifestement beaucoup. Pour Jobim, c'est avec le chanteur Rolando Faria qu'Hervé a réussi à m'intéresser à une musique que je déteste. Mais c'est son duo avec Jean-Charles Richard sur Wayne Shorter qui est le plus remarquable tant les deux musiciens semblent heureux d'être là à parler du "Jazzman Extraterrestre". Constatez par vous même...
D'abord parce que Richard est un virtuose qui goûte la transmission et que le duo, au delà de la leçon, est un véritable bonheur d'écoute. Ce n'est d'ailleurs pas étranger si l'on retrouve un CD de leur bel échange avec le DVD. Les leçons de Jazz d'Antoine Hervé sont des petits trèsors que tous les prescripteurs passionnés -et donc les médiathèques- devraient avoir.
C'est en tout cas un bel exercice.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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