Il est des formations qu'on est heureux au fil du temps de croiser de nouveau pour savoir ce qu'elles ont à nous dire, comme un rendez-vous régulier aussi bien que familier avec des musiciens hors-pair qui ont un plaisir visible à jouer ensemble.
C'est le cas de Résistance Poétique, la formation du batteur Christophe Marguet, qu'on aime tout particulièrement par ici. Le dernier album du quartet, Buscando La Luz, exposait le jeu très coloriste du batteur et son talent d'écriture qui soudait une formation homogène et très égalitaire. Désormais devenu quintet, le groupe de Marguet propose avec Pulsion, son nouvel album, une atmosphère différente, plus en mouvement... Et comme son nom l'indique plus centré sur le rythme et la puissance du batteur.
Lorsqu'une formule est éprouvée, il est parfois délicat de la changer. Rajouter une lame à un quartet aussi harmonieux, c'était le risque d'un déséquilibre... Trahissons tout de suite le secret, l'arrivée du saxophoniste Jean-Charles Richard, dont on parlait hier, au sein de Résistance Poétique est une parfaite réussite. Pouvait-il en être autrement ? Depuis quelques années, le saxophoniste s'est imposé comme l'un des solistes les plus intéressants. En témoigne ses participations à deux albums adorés par ici, le Room Service de Claudia Solal et le Face The Music de Marc Buronfosse. Nous parlerons également très vite de son duo, sorti également chez Abalone.
Dès « Esperanto » qui ouvre l'album sur un bel échange entre la base rythmique et la clarinette toujours aussi claire de Sébastien Texier, le propos prend soudain plus d'épaisseur, lui qui n'en manquait guère. L'alliance entre les deux soufflants est très efficace, évidente, luxueuse même. Leur jeu à la fois simple et très clair s'entremêle avec bonheur, ouvre de nouvelles pistes, permet de visiter de nouvelles couleurs, toujours très lumineuses.
Sur le feu d'artifice final de « Ambroseli », il apporte même une belle énergie à l'album, pleine de chaleur et du bonheur de jouer ensemble une musique d'une grande finesse. Chacun trouve sa place dans cette mécanique très huilée. Cette entente équilibre un peu plus Résistance Poétique et procure à Marguet un rôle plus central. Cela galvanise la synergie avec son contrebassiste Mauro Gargano et, plus largement avec le pianiste Bruno Angellini, très impressionnant sur cet album (« Sans Francisco, où son jeu tout en martellement fait des miracles). Au centre d'une formation à l'assise renforcée, Marguet dirige et s'offre plus de place, introduit les morceaux (la rythmique complexe de « Ambroseli » ou la retenue de « Esperanto »).
L'écriture ourlée de Marguet, parfaitement mise en valeur, trouve sa plus belle expression dans « Noces » au pivot de l'album. Comme une affirmation de la prédominance rythmique de Pulsion, il y a en introduction ce magnifique dialogue entre le batteur et le son très rond de Gargano ; l'équilibre de l'orchestre fait le reste ; marguet s'appuie surs cette lente progression des soufflants qui transporte la musique dans un univers chambriste que « Le Repère », le morceau suivant, poursuit sur sa lancée. Pulsion est un album brillant exécuté par des musiciens en pleine maturité. Dans sa progression, peut-être le prochain Résistance Poétique sera-t-il un sextet ?
Il nous tarde en tous cas déjà de connaître le prochain rendez-vous...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

28-Garance