Depuis quelques semaines qu'on a laissé passer le mur médiatique des élections, les turbines refroidissent.
Les ministres sont nommés, et la nouvelle ministre a eu tôt fait de faire oublier le précédent, quand bien même le récent cadeau aux éditeurs ne passe toujours pas car il pénalise l'auteur et le lecteur au profit des marchands de papiers... Qui se trouvent être aussi parfois des marchands de canons, puisqu'on est dans un pays formidable. Parait-il, c'est l'éditeur qui fait la littérature ; étrange conception pour un ministre par ailleurs auteur...
Etendons au domaine de la musique.
On sait bien que dans l'esprit très français, la musique n'est pas la littérature. Dans l'imagerie Républicaine, Debussy n'est pas Hugo. Hugo est un Boulevard, Debussy, une rue bordée de lilas ; un livre est un produit de première nécessité (5,5%), un disque une friandise superfétatoire (19,6%). Du coup, les rapports de forces y sont moins forts et il semblerait que les majors et leurs lobbys y fassent moins la musique qu'ailleurs, au point de devoir s'allier avec l'audiovisuel...
Sont-ce les éditeurs qui font la musique ? Dans la situation actuelle, alors que les majors sont avant tout devenues vendeuses de produits dérivés ou de téléphones et les gros "indépendants" sont soient exangues d'avoir déserté les marges ou sous perfusion de l'Etat, plus trop besoin de se le demander. Les majors se croient toujours faiseurs de roitelets, et s'inquiètent, comme ces gros céréaliers qui se partagent la PAC, du devenir de leurs subvensions.
Dans un marché libre et sans entraves, bien entendu. Faut pas déconner.
Allez, qui fait la musique, vraiment ? Ceux qui en crêvent. Ceux qui ne se réunissent pas en conclaves d'anciens entertainers de la Télé pour savoir comment le gâteau de l'argent public de la musique se partagera sans les musiciens, ces "collaborateurs" qui fournissent la "matière première". Ceux qui sont contre le Centre National de la Musique, en quelques mots, et qui ressemblent foutrement à ces petits paysans de l'Ardèche, les cocus de la PAC. Ceux que Libération appelle les "Bémols". Tout le monde est d'accord sauf "quelques bémols", et bien contents, encore. Au dela du mépris de fédérations entières qui se sont positionné contre ce "machin" qui fera la part belle aux gros et au mainstream, on se dit que le journalisme de gauche a bien changé.
Mais c'est une autre histoire.
Cet article, et cette phrase maheureuse a eu le mérite de relancer l'offensive de l'appel des 333, notamment parce que le CNM est au milieu du gué.
Oui, nous sommes tous des bémols.
Sans les mystifications du gouvernement précédent, et les trépignements de son petit chef, on voit que le fait du prince n'était qu'un projet baclé destiné à distribuer l'argent selon une idéologie assez binaire, prise sur le modèle de la PAC : donner aux gros, puisque l'argent appelle l'argent. Après tout, la musique, ça sert surtout à habiller les meetings, à faire joli dans le poste et à fustiger les ravages d'Internet.
L'hostilité feutrée de la ministre au Centre National de la Musique tel que l'envisageait notre indésiré Papier Bible est rassurante, mais ses récentes déclarations sur la littérature douchent. On ne sait pas trop où l'on va. Il convient d'être prudent, tant la position de la Majorité élue sur le CNM n'a pas été claire.
Une vraie politique culturelle est pourtant nécessaire, et il est indispensable de revenir sur cette création fantoche qui est issue d'une conception absolument libérale et ne prend pas en compte la pratique artistique et le rôle de soutien aux marges qui est le rôle de l'Etat. A moins d'avoir la volonté d'offrir l'argent public a ceux qui vivent des pubs et du Marché, on ne peut pas envisager autre chose que d'enterrer ce néfaste projet et son funeste rapport.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir. Mais en fait si.

16-Humanophone