S'il y a quelques disques ECM qui traînent dans ma discothèque pourtant débordante, c'est bien ceux de Louis Sclavis. Le clarinettiste est le seul musicien qui me fait adhérer à cette "esthétique" ECM qui m'ennuie profondément. Mais la musique de Sclavis est elle celle d'ECM ? J'en doute.
Toujours est-il que de L'Imparfait des Langues qui fut un des disques qui me poussa à reprendre la plume à ce Sources qui s'annonce déjà comme l'un des disques de l'année, les disques de Sclavis sont toujours des points de repères, de ceux qui happent l'air du temps pour mieux le retranscrire en musique. Ici, c'est dans la nouvelle génération nimbée d'électricité que Sclavis est allé chercher ses comparses. On connait le gout du clarinettiste pour les improvisateurs à l'univers fort. A l'occasion de la formation de cet Atlas Trio, notons que son choix n'aurait pas pu être plus judicieux pour un orchestre sans batterie.
L'univers poétique de Benjamin Moussay n'est plus à démontrer : de Spoonbox avec Claudia Solal en passant par son propre trio qui avait réalisé On Air, son sens de la sonorité, des bulles oniriques et de la sculpture fine des basses fait des merveilles. Un morceau comme "A Migrant's Day", au Rhodes, en est un brillant exemple, passant d'un moment à l'autre d'un jeu clair comme une pluie fine au tramage complices des basses avec Louis Sclavis.
Le choix de Gilles Coronado dans le subtil dispositif timbral d'un trio très égalitaire est lui aussi extrêmement pertinent. des expériences avec Caroline aux Polyrythmies de Thôt, le guitariste a toujours su imposer son jeu sec et acrimonieux fait d'acidité et de chaleur. Dès "Près d'Hagondange" qui ouvre l'album, il impose un son âpre et décharné, sorte de riff rock avorté. De Moussay à Coronado, s'il n'y a pas de rythmique définie dans cet orchestre, c'est que celle-ci est imprimée dans le mouvement de l'électricité, dans sa tension et ses flashs soudains. Dans son mouvement perpétuel. On trouvera, dans cette captation Live plus d'espace que dans le disque, comme un mouvement qui continue au delà de son propre espace.
La force de l'univers du clavièriste confronté à la sécheresse du guitariste, l'Atlas promettait de beaux voyages au coeur de l'électricité, porté par une clarinette basse transcendée par ces nouvelles abstractions et qui nous éblouit encore par la finesse de son écriture. Il n' y a qu'à s'imprégner du magnifique "Dresseur de Nuages" pour s'en convaincre ; de la tension originelle, on ne sait si elle vient du clavier ou des cordes. Comme le voyageur en errance, la clarinette pérégrine tranquillement. Quelques cordes grattées et le piano construit des chemins de traverses. Dans la persistance d'un brouillard omniprésent, on pourrait presque croire à une musique de chambre sous tension permanente, comme un rêve de machine ; ou de moutons, allez savoir...
Si cet Atlas Trio indique la route à suivre, l'itinéraire est plus changeant. On pourrait le croire initiatique, notamment en observant la pochette, mais à force d'écoute, on comprend qu'il s'agit avant tout d'un éloge de l'errance, "Along the Niger".... Mais surtout "Outside the Maps", là où il ne s'agit plus seulement de défricher l'inconnue, mais aussi de matérialiser de nouveaux univers, à la fois déserts et urbains, étendus et très denses... Des univers de rêve. Pour cela, cet Atlas est absolument indispensable.
Indéniablement l'un des grands disques de l'année, poutant déjà bien pourvue...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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