On reconnaît souvent les génies de l'industrie du disque, celles qui semble avoir vocation à se tirer une balle dans le pied, à leur côté visionnaire. Avoir fait pression pour limiter l'écoute de morceaux en streaming sur les sites légaux dédiés comme le souhaitait Pascal Nègre, notamment... Ce que des sites comme Spotify ont répercuté avec une étonnante célérité, de peur sans doute de voir les droits sur les catalogues fondre comme neige sur le bureau d'un Directeur Artistique. On remarquera, à la lecture de cet article à quel point il s'agissait d'une position d'avant-garde !
Si le Streaming n'est pas la panacée et ne sera jamais l'avenir unique de la vente de musique -mauvaise rémunération des auteurs, omniprésence de la pub en version gratuite, etc.-, c'est un outil très intéressant pour la prescription quand il bénéficie d'un catalogue pléthorique.
Après des débuts difficiles, qui faisait large part au mainstream et aux artistes anglo-saxons, Spotify s'impose aujourd'hui comme l'une des plateforme de streaming les plus efficace pour réaliser un travail de prescription, notamment grâce aux playlists qui peuvent être conçues (et désormais intégrables sur des sites) et ordonnancées pour étayer un propos -voir simplement pour écouter de la musique...-. C'est un outils imparfait mais qui permet d'illustrer des chroniques, des études ou des présentations, à condition bien sur d'être abonné, car sinon la pub donne envie de passer ses nerfs sur un chaton.
Ce constat ne tombe pas comme un cheveux sur la soupe parce que Zappa vient d'arriver sur Spotify à l'occasion des ressorties Universal -nous en reparlerons très vite, début septembre à n'en pas douter, et je vous donne le lien pour en profiter-. Mais parce que depuis quelques mois, Spotify a ajouté des "applis" (gratuites) à ses services, notamment pour donner l'illusion "du Social" en partageant ses goûts musicaux.
Alors demain, tous prescripteurs ? Vaste blague. Mais ça n'empêche pas de s'amuser un peu.
Quitte à revenir sur l'un des sujets de fond de Retromania, Reynolds a une analyse correcte lorsqu'il explique que les chamboulements musicaux sont plus techniques qu'artistiques et que le Streaming en est un exemple patent, mais aussi un leurre. Avoir "toute" la musique à disposition pour un coût relativement modique. Mais ne s'en servir que comme une mauvaise radio améliorée. Comme toutes les bonnes radios musicales, il faut un prescripteur. D'autant que le moteur de recherche de Spotify, et les artistes similaires sont parfois assez singulier, et comme tout outils de ce genre, il faut être accompagné pour sortir du cercle de ce que l'on connait. Il y a cette possibilité limitée dans les applis de Spotify, mais il y en a surtout auprès des utilisateurs. Voir à ce sujet le travail de Bladsurb, ou plus modestement, certaines des miennes !
Autant le dire, il y a des applis qui sont à la limite du ridicule. MoodAgent en est la quintessence d'exploitation de mauvais algorithmes mainstream pour occuper le temps d'écoute disponible du travailleur de bureau en instituant des "climats" qui feraient passer Coldplay pour de la musique concrète...
Certaines font bien leur boulot, notamment les applis des magazines musicaux comme Pitchfork ou NME qui proposent en écoute les disques chroniqués dans le magazine -ce qui semble plus compliqué pour les magazine de niche- sans pour autant s'en servir pour des dossiers. Il y a également Last.fm qui propose des alternatives intéressantes à ce que vous êtes entrain d'écouter... Un boulot excellent également sur le Classique avec Classify, quoiqu'un peu convenu, et surtout Ulysse's Classical qui en plus d'être pléthorique, a des goûts très surs puisque ce sont souvent les même que les miens ;-)
Mais l'appli la plus impressionnante, celle derrière laquelle on imagine des documentaliste habiles et des concepteurs d'algorithmes fins est sans nul doute swarm.fm, même s'il est un peu intrusif (il s'appuie pas mal sur Facebook, mais on n'est pas obligé de connecter facebook) et qu'il reste, de par sa nature, un peu prisonnier des étiquettes et d'un "artiste similaire" parfois burlesque. Propositions fines de nouveaux artistes (quand il ne s'agit pas de chanson française, donc), analyse de ce que vous écoutez...
Ce n'est pas de la prescription, mais c'est un joli joujou.
Pour conclure, affirmons que malgré ces outils, rien ne remplacera la curiosité, les bibliothèques, les discussions entre amis et les joutes musicales pour se forger une culture qui sorte de la soupe habituelle. Des outils comme Spotify ne sont que des supports, ou des béquilles dont il faut se servir avec méfiance et conscience mêlées. Et si quelqu'un vous dit le contraire, voici la meilleure réponse...

En cadeau, une petite compilation...

 

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

11-Garage