En publiant le quatrième volume de Tower avant même que le troisième épisode n'ait été enregistré, le guitariste Marc Ducret et le label Ayler Records poursuivent un tortueux jeu de piste amorcé dès le premier album, en quintet. A mesure que l'histoire s'écrit, le guitariste s'éprend de la profusion d'Ada et l'Ardeur, le roman de Nabokov dont il est largement inspiré.
Après deux formations, un quintet foisonnant et un quartet fébrile, Marc Ducret se retrouve seul à la guitare pour donner plus nûment sa propre perception d'un romancier dont on sait, au fil des références, qu'il est omniprésent, et de son roman le plus abouti.
C'est à la seule guitare acoustique, configuration inédite inusitée depuis près de quinze ans dans l'œuvre discographique de Ducret que le guitariste s'empare de ce Tower. On y découvre nécessairement un point de vue plus intime. Il suffira de comparer « Sur l'électricité », présent sur le Tower, Vol. 2 et celui-ci pour le comprendre.
Dans le disque précédent, ce morceau hérissé d'électricité venimeuse semblait faire le lien entre deux mondes, celui du quintet et le sien. Mis à nu à la guitare sèche, le même morceau gagne en vélocité ce qu'il perd en acrimonie. On retrouve bien sur l'impulsivité rythmique de Ducret, mais sa solitude le porte aux commentaires. L'absence d'électricité, qui n'existe pas dans l'uchronie étrange de Nabokov, trouve ici son application stricte et donne à cette musique un aspect plus charnel qu'à l'accoutumée. Enregistré en partie au Civitella d'Umbertide, dans la province de Pérouse, en Italie, le disque laisse transparaître, des chants d'oiseaux qui ancrent la musique dans un monde d'apparence paisible.
Celui d'Ada ?
Ada et l'Ardeur se distingue avant tout par l'équilibre labile de son écriture et de ses narrateurs, qui révèle avant tout un mécanisme imparable. A l'instar de son inspiration Tower conserve cette même cohérence, faite d'interaction, voire d'interdépendance entre les albums. Il n'y a pas que les pochettes qui s'intriquent dans un jeu d'écrou. La musique elle aussi anime un mécanisme qui fait tourner un monde, fut-il en miniature.
Tower Vol. 4 est un disque court, ramassé, qui pourra sembler parfois impénétrable à qui n'a pas eu la chance d'entendre les deux premiers épisodes, même si la virtuosité de Ducret l'emporte sur tout. Avec « Real Thing #1 », qu'on retrouve également dans le volume 1, on découvre un soliste qui a laissé de côté tout dispositif de tension pour deviser de sujets manifestement très personnels, au milieu des chants d'oiseaux. Il y a dans cet album comme une volonté de cohérence, qui donne à entendre des narrations différenciées, comme si chacun des albums constituait un personnage et que chaque discours assemblée formait une histoire intégrale et très sophistiquée. Il nous tarde d'entendre le Volume 3 !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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