Denis Badault est un musicien rare. Compositeur prolixe, pédagogue reconnu, il fut également le directeur d'un ONJ particulièrement brillant qui eut la bonne idée d'inviter des grands solistes européens comme Chris Biscoe et d'intégrer Elise Caron à son orchestre. Mais pendant plusieurs années, le pianiste fut absent des productions discographiques... Jusqu'à H3B, premier album enregistré en 2010 avec un quartet sans batterie à l'instrumentation inédite : autour du piano et de la contrebasse, on retrouve un piano et une trompette.
Les initiales des noms de chaque musiciens avaient formé le titre : Régis Huby pour le H et Boisseau, Badault et... Arthurs pour les trois B ; le jeune trompettiste anglais, véritable découverte, remplaçait Laurent Blondiau, le troisième B initial.
Songs, No Songs, paru sur le label Abalone offre une version un peu différente de ce qui nous avait été donné à entendre auparavant. Les longues plages contemplatives et complexes ont laissé place à des morceaux au format chansons, ce qui ne retire rien à leur raffinement. Cela distribue différemment le rôle de chacun et offre des moments de grande intimité dans le dialogue entre musiciens. On notera ainsi une proximité entre les cordes, à l'archet ("The Next 15 Years !"), mais surtout entre le piano et le jeu très rond de Sébastien Boisseau ("L'envie"). Dans un registre plus improvisé, on goutera aussi avec délectation "Veloce et Piano" pour la lente destructuration de l'orchestre autour d'une ligne de basse agile.
L'approche très égalitaire du premier album, que l'on retrouve sur la "No Songs" "Ré pour Régis" par exemple, dont l'ascétisme fait parfois songer à Schoenberg, a fait place à une démarche qui favorise la circulation entre les musiciens et l'alchimie des timbres. C'est le cas du morceau "Le Vent", au coeur de l'album, où violon et trompette semblent parler d'une même voix. Sur "Danse macabre" qui lui fait suite, Tom Arthurs éclaire absolument le quartet. Il faut s'intéresser de très près à ce jeune trompettiste anglais dont la technique très étendue, jusqu'au souffle, fait de véritables miracles.
Le quartet a effectivement évolué... Mais on retrouve cependant le propos très chambriste faisant une large part à la musiques improvisée sur les cinq "No Songs". Ce sont les huit "songs" qui change grandement la donne. Badault y propose une musique plus structurée, dont les mélodies limpides permettent de travailler les timbres et les intéractions entre les musiciens de manières plus profondes. Le quartet sans batterie impose un jeu plus percussif au pianiste. Sur "L'antique Ethnique", qui est certainement le morceau le plus intéressant de l'album, le martellement main gauche place Régis Huby au pivot de ce quartet, en discussion constante avec chacun des musiciens.
Songs, No Songs est un album chaleureux et onirique qui démontre qu'absolument libre ou bien très structurée, la musique de Denis Badault est toujours aussi brillante.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

01-Vendée