Ce matin, entre les odeurs de pinèdes industriels et les exhalaisons de volailles sacrifiées, vous vous réveillez sans doute avec l'esprit brumeux, pris en étau par l'eau-de-vie incertaine du grand-père d'un côté et les profiterolles au chocolat de la tante Suzanne, toujours prompte à faire prospérer le cholestérol chez son prochain comme les pains dans la carrière du Rédempteur, de l'autre.
Vos souvenirs sont sans doute nébuleux, et dans votre tête s'immiscent quelques vers sournois, entre la musiquette de la pochette de l'impôt volontaire à gratter et les comptines enneigées de Kevina, la petite dernière de l'oncle Tristan.
C'est sans doute avec ce dernier, qui est un peu aigri depuis qu'il a raté son concours d'entrée dans la police municipale, que vous vous heurterez ce midi autour des huitres de Marennes, à propos du sujet qu'il conviendra encore de définir.
Comme je vous envie.
C'est le moment sans doute de vous évader en musique.
Pour ce faire, vous avez bien sur de quoi piocher dans ce florilège de l'année, mais si vous souhaitez rester dans l'esprit de noël, qui lie les familles entre elles mieux que la sécotine, il n'y a de meilleurs remède que de mettre sur la platine le dernier album du trio Das Kapital, où l'on retrouve autour de Daniel Erdmann, que nous avions adoré il y a peu de temps dans le Mediums de Vincent Courtois, le batteur Edward Perraud et le grand guitariste Hasse Poulsen... Das Kapital est un trio majeur de la scène européenne, et leur album Ballads et barricades aurait du faire l'objet d'une chronique ici, si le temps me le permettait...
L'histoire du Jazz recèle nombreux disques de noël ; il fut un temps où le crooner aimait crooner sous une neige de coton pour réchauffer l'atmosphère autour de l'âtre. Das Kapital se réapproprie ce "patrimoine" avec le même esprit grinçant et un peu potache qui anima nato il y a quelques années. Mais lorsqu'il le fait, c'est du grand sérieux. Il faut se plonger dans ce "Il est né le divin enfant" heurté pour s'en convaincre ; le sax d'Erdmann, porté au fer par le boutefeu Poulsen est presque aussi agressif que les représentants terrestres du divin enfant en question lorsqu'il est question de mariage pour tous...
A la suite, Juletræet med sin pynt, traditionnel danois est joué avec le même esprit droit devant. De quoi dépoussiérer largement les guirlandes environnantes. Il en est de même pour le "Silent Night" traité en Rockabilly avec un humour tonitruant.
Ces pochades n'empêchent pas de découvrir des morceaux d'une grande densité, comme ce "Das Kap loves Christmas" au centre de l'album, et surtout ce "Jingles & Bells" en fin d'album qui met en valeur le talent de percussionniste de Perraud. On mentionnera par ailleurs la reprise énorme de Last Christmas de Wham (pour les moins de 35 ans, le talent principal de Wham résidait dans le minishort du plus péroxydé des deux chanteurs !), délicieuse de distorsion.
En surplus, il y a le titre, et cette pochette, représentant Karl Marx avec un bonnet rouge, et ce titre ironique, Das Kapital Loves Christmas. Je peux la regarder des centaines de fois, je ricane toujours autant...
Alors... Joyeux Noël !!

Et une photo qui n'a strictement rien à voir... Enfin presque ;-)

 

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