Alors que les rééditions des albums anthumes de Frank Zappa ont tous peu ou prou (qu'en est il de Yellow Shark ?!!) été réédité par Universal dans la dernière moitié de l'année passée pour un résultat globalement enthousiasmant, comme j'ai eu la chance de le conter dans un article récent pour Citizen Jazz, la collection d'albums posthumes du célèbre moustachu continue d'irriguer les discothèques des fans transis à la même mesure qu'elle vide consciencieusement leur compte en banque.
Pour mémoire, vous pouvez retrouver les 4/5ème de sa discographie dans l'ordre temporel ici.
J'avoue avoir longtemps été très circonspect sur l'intérêt que pouvait présenter ce que j'imaginais -et j'ai longtemps considéré- comme des fonds de tiroirs ou des colifichets pour soupirants éplorés que la piètre qualité des enregistrements "bootlegs" n'arrêtait pas.
Pour une partie d'entre eux, je me trompais.
En témoigne ce billet qui date de l'année passée et qui traitait du quadruple album du Carnegie Hall, enregistré en 1971 et qui n'est absolument pas anecdotique. En réalité, c'est lorsque j'ai mis Imaginary Diseases sur la platine la première fois en 2007 que j'ai changé radicalement d'avis.
Témoignage de la tournée de 1972 dit du Petit Wazoo (soit la moitié du Grand Wazoo !), il livrait, avec une qualité sonore remarquable, un aperçu de la fluidité de l'écriture de Zappa pour les orchestres de jazz. Pour s'en convaincre, écoutez la version de "Farther O'Blivion" qui mérite à elle seul qu'on s'y arrête, avec ce solo de tuba remarquable de Tom Malone et celui de trombone de Glenn Ferris.
Ce fut le cas également avec son grand frère Wazoo, témoignage d'un concert du Grand Wazoo cette fois, enregistré dans des conditions idéales le 24 septembre 1972 à Boston. Claque immense, ce double album permet de découvrir les déclinaisons sur scène de ce sommet qu'est l'album Grand Wazoo et cette volonté qu'avait Zappa de confronter directement son Big Band (20 musiciens) à une écriture plus contemporaine. Se rapporter à cette version sans parole de "The Adventures of Greggery Peccary", ou au roboratif et funkisant "Big Swifty", avec notamment Earl Dumler et son sarrusophone contrebasse ! De toutes ces archives, Wazoo est sans doute la plus intéressante.
Récemment, la Zappa Family Trust a fait paraître Finer Moments, le 94ème (!) album officiel de Frank Zappa, à l'orée de la 20ème année de sa disparition. Il regroupe plusieurs témoignages de la fin des années 60 au début des seventies.
On y retrouve par exemple "The Subcutaneous Peril", enregistré le même jour que le Carnegie Hall dont nous avons déjà parlé; Ce morceau, qui met grandement en valeur le drumming d'Ainsley Dunbar est un morceau récurent de cette période Zappaïenne qui n'apparait pourtant sur aucun album officiel mais aurait du être présent sur Just Another Band From LA, prévu au départ comme un double album. Les amateurs des soli de guitare tranchants du maître devraient être aux anges.
Conçu comme une sorte de journal de cette période charnière au coeur des Mothers of Inventions, Après un premier morceau qui fait peur quand à la qualité de l'enregistrement, Finer Moments offre de sacré surprise, comme la Sonate de Piano "KV570" de Mozart... Jouée par Ian Underwood. On pensera également à cet "Uncle Rhebus", cousin très proche de notre Uncle Meat...
Mais c'est pour "Enigmas 1 thru 5" que ce disque est particulièrement intéressant. Enregistré en duo avec Art Trip aux percussions, ce morceau s'inscrit dans la lignée de "The Clap" que l'on peut trouver sur Chunga's Revenge et regarde droit vers la musique contemporaine.
Un plaisir, une fois toute la discographie ingurgitée...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

103-Errance-Turku