La mort de cette vieille carne de Thatcher a certes ensoleillé la journée de n'importe ayant un tant soit peu visité l'Angleterre hors-des-murs de la City ou ayant suivi les oeuvres noires de ses différents mandats. Mais la disparition de celle à qui, par sa détestation, la pop-music doit tant ne saura qu'insuffisamment masquer l'air particulièrement vicié qui empuantit l'Europe depuis des mois.
Des mois qui finissent par devenir des années.
Il n'est pas seulement question des exaltés névrotiques de la messe qui prétendent faire leur 6 février 34 de pacotille sur le dos des minorités. Ceux-ci ne sont qu'un avatar de ce que l'Europe est entrain de bâtir en son coeur même. Un laboratoire, celui de la Hongrie d'Orban ; une sorte de tripatouillage, de perpétuation du brassin originel thatcherien.
J'écrivais il y a quelques mois qu'il n'était pas question de comparer la situation française avec la situation hongroise, tant elle est dégradée et glaçante.
Il n'est pas question de revenir là dessus. Ce n'est pas parce que l'UMP siège avec le parti d'Orban à Bruxelles et lui ressemble de plus en plus, ni parce que le fallot Ferenc Gyurcsány qu'Orban balaya après que le socialiste ait mené avec délectation une politique libérale que ça changera quelque chose. Ca le précipitera en revanche certainement.
Juste un orage à venir. Un sale putain d'orage qu'on voit tous venir et qui tétanise un peu. Et pourtant, il y aurait à faire. A dire. A Hurler. A dénoncer la casse généralisée et l'abrutissement posée comme nouveau mode de communication, ce salmigondis libéral versé à même le cable de la télé et des commentaires internet.
A ce titre, lire l'article de la journaliste et critique Agnes Szabó sur ce pays qu'elle a pu quitter parce qu'elle avait la chance d'en avoir la possibilité économique et intellectuelle laisse cependant un goût amer dans la bouche.
Il faut lire cet article paru chez PressEurop, parce qu'il peut annoncer ce vent qui vient.
Après la chute du mur, il faut se rappeler de l'effervescence qui a fait pétiller la capitale de l'Europe Centrale. Une force qui a notamment permis de faire naître une génération de musiciens incroyables servi par une politique culturelle volontariste. Il suffit de voir les moyens dont disposait Budapest Music Center au début des années 2000 et ceux dont ils disposent aujourd'hui ; il n'est pas seulement question de crise du disque. La culture est exangue, et c'est sur cette anémie que prospère cette idéologie, cette Haine de l'Altérité posé par une bande d'amateurs apprentis-sorciers obsédés par le nationalisme.
Au point de ruiner le patrimoine qui faisait pour beaucoup l'image du pays, au point d'annhiler le trésor musical de la Hongrie. Au point de ne plus rien avoir à montrer. Au point de vider le pays de ses artistes.
C'est terrible de lire cet article et de se dire qu'on aimerai pas avoir à l'écrire car on en reprendrait sans doute chaque mot.
C'est terrible parce que pour la première fois, peut-être, ces mots semblent très proches. Au fond de la gorge. Serrée.

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