J'avais une discussion il y a peu avec le camarade de jazzitude, qui est un peu mon correcteur en chef lorsque je me trompe dans un prénom (ce qui m'arrive souvent, la vieillesse ennemie m'ayant emportée assez tôt) à propos de nos musiques et de la relative impossibilité d'en connaître l'entièreté.
La musique entropique confine à l'entropie. Cela n'étonnera que ceux qui manquent de curiosité et mon banquier (qui manque de curiosité aussi, voyons y un grand chelem).
C'est le cas de ce disque, enregistré par la contrebassiste Hélène Labarrière avec la chanteuse et romancière Violaine Schwartz, que les auditeurs de France Culture connaisse par ailleurs pour être à l'origine de nombreuses fictions et à une participation aux délicieux "Papous dans la tête".
J'ai découvert J'ai le Cafard à l'occasion du bel album Désordre de la contrebassiste. Il m'avait totalement échappé en 2011, malgré son thème qui ne pouvait qu'interpeler. Pourtant, ce disque, sorti sur le label Innacor du violoniste Jacky Molard, dont je croyais suivre fidèlement l'actualité, fait partie de ces disques qu'il faut défendre car ils sont d'excellentes portes d'entrée à ces musiciens et à ces musiques.
En effet, les deux musiciennes y revisitent tout un pan du patrimoine populaire de la première moité du XXième siècle. Les chansons réalistes chères à Damia, Fréhel ou Marie Dubas ne sont pas ici traitées avec la nostalgie habituelle dans laquelle on a la triste habitude de confire le siècle, mais en en retrouvant l'humour, la gouaille et la grande fraîcheur. En les transportant également dans une certaine intemporalité...
Voir ainsi cette interprétation du poème de Maurice Mac-Nab "Les Foetus" que Labarrière accompagne avec Molard à la guitare, où ce grand moment que représente "La Complainte de Kesoubah". Cette chanson fut habitée par Marianne Oswald, et Schwartz lui rend grâce par une technique vocale impeccable. Sur des paroles grinçante de Jean Tranchant, Schwartz apporte son approche très théatralisé pendant que Labarrière tient une ligne de basse bondissante...
On sent un réel plaisir du duo de visiter ces chansons aux essences Libertaires. Le jeu très boisé et charnel de la contrebassiste donne beaucoup de reliefs à ces textes. Ce n'est pas  cette reprise du "Tango Stupéfiant" de Marie Dubas, jouée à l'archet qui le contredira. Ce n'est pas une surprise, puisque la contrebassiste a toujours aimé intégrer une chanson populaire dans ces disques, à l'image de la "Chanson de Craonne" dans Désordre.
Parfois, le duo, dont on pourra profiter ici d'un concert à l'Atelier du Plateau, se voit rejoindre par d'autres musiciens ; Jacky Molard, "Evidemment, Bien sur", mais aussi l'accordéoniste Janick Martin qui joue plus dans un registre de dialogue que dans le flon-flon qui colle hélas à ces musiques.
On trouvera également le musicien malien Kassim Sidibe qui intervient au N'goni sur le dernier morceau "Les Inquiets" qui donne à ces chansons un atour différent, et une actualité troublante. Celle d'une culture populaire ouverte sur le monde et toujours vivace dans ses faubourgs. Un disque qui plaira à ceux que la chanson et les musiques exigeantes ne laissent pas indifférent.
Ca fait du nombre.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

02-Dieppe