La première fois où nous avons évoqué le batteur Christophe Marguet, habitué de ces pages, en leader, Résistance poétique était un quartet. Il y a un an, avec l'arrivée de Jean-Charles Richard c'était devenu un quintet.
Je posais alors benoîtement la question : le prochain Résistance Poétique sera-t-il un sextet ?
Je voyais juste, mais pas vraiment. Le nouvel album, Constellation, permet de goûter avec délectation le sens de l'écriture du batteur ; ils pourraient être exponentiellement plus la prochaine fois, 7, 12 ou même 54 que ce serait idem, un album de Marguet est la certitude d'une musique lumineuse et pleine d'efficacité.
Le nouvel album de Christophe Marguet  est donc effectivement un sextet.
Mais ce n'est pas Résistance Poétique. C'est une nouvelle formation au Line-Up étourdissant qui enjambe l'Atlantique. Le présent double album a choisi de s'appeler Constellation, mais ce n'est pas seulement parce que son ciel est bardé d'étoiles.
Arrêtons nous cependant quelques instant sur ce Line-Up. On ne présente plus Swallow qui aime manifestement jouer avec des jazzmen hexagonaux et qu'on avait pu apprécier sur le dernier album de Michel Godard (plus que sur son dernier album chez ECM, en tout cas...). Retrouver Benjamin Moussay avec Christophe Marguet n'a rien d'étonnant. Dans un précédent sextet du batteur (Reflections, sorti sur Label Bleu) aux propos plus abstrait, Olivier Benoit tenait un rôle central de pourvoyeur d'électricité qui est celui de Moussay ici ("Old Road"), et il aime toujours autant tisser de splendides atmosphères...
Quant à Chris Cheek et Cuong Vu, ils sont les deux surprises du chef, dont la musique est déjà fortement teinté d'ouverture, au delà du jazz, à d'autres formes d'improvisation : le premier dans le Claudia Quintet, le second notamment dans un album remarquable avec Frisell.
Enfin, le violoniste Régis Huby est avec Marguet l'architecte d'une sonorité Abalone plutôt luxueuse qui donne une vraie cohérence aux sorties du label. Ce qui pourrait être un simple All-Stars s'harmonise ainsi avec beaucoup de classe...
Evidemment, la simple perspective d'entendre le bassiste Steve Swallow croiser le fer avec les claviers oniriques de Benjamin Moussay a quelque chose de foncièrement excitant, et les premières notes de "On The Boat" nous le confirme avec force. Bien sur, entendre le ténor coltranien de Chris Cheek s'allier au violon concertant de Régis Huby est une attraction en soi... Mais ce n'est pas le sujet d'un album qui va un peu plus loin que la recherche du langage universel du jazz.
On apprécie évidemment le groove inaltérable d'un morceau comme "D'en Haut" et son solo de batterie impeccable, mais ce n'est qu'un aspect de cette musique. Constellation est un voyage, une traversée d'univers en univers, d'étoiles en étoiles, comme autant de mondes interdépendants. La puissance orchestrale de "Benghazi" rappelle beaucoup Résistance Poétique. On peut y apprécier le talent du trompettiste Cuong Vu, l'électricité sophistiquée de "Only For Medical Reasons" en témoigne. Ce voyage en sextet airlines une carte du tendre signée Christophe Marguet.
Les musiciens européens qui aiment à confronter leur musique avec leurs homologues étasuniens sont légion, reste à savoir comment le faire ; il y a ceux dont le langage est déjà bardé d'idiomes américains et qui ne font que valider leur stage linguistique. Il y a ceux, et Marguet en fait partie, qui attendent de ce frottement le jaillissement de nouvelles étincelles. Ecoutons le long échange abstrait entre Huby et Swallow sur "Argiroupoli" pour s'en convaincre. La démarche que Marguet propose sur le label Abalone de Régis Huby peut se rapprocher de ce qui meut le label BMC depuis des années. C'est ce qui fait tout l'attrait de ce très beau disque.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

82-Barque