Jour après jour, la saxophoniste Alexandra Grimal s'impose comme l'une des meilleures solistes de sa génération.
L'avenir le dira, mais il se pourrait bien que cette génération ne lui suffise pas et qu'elle domine de plusieurs têtes quelques générations alentours. On aura très vite l'occasion de s'en apercevoir dans le nouvel Orchestre National de Jazz d'Olivier Benoit dont la perspective nous fait hésiter entre sautillement guilleret et impatience contenue.
Ces considérations élogieuses passées, où il faut bien se mettre dans la tête qu'elles ne relèvent d'aucune exagération, il convient de parler de deux disques étonnant que j'ai découvert dans ma boîte au lettres un matin d'été et que l'on peut se procurer chez Tonometer. Deux disques au format qui font osciller entre nostalgie et incongruité mais que l'on aime tenir entre ses doigts. Deux galettes de vinyl bien lourdes au format 45 tours, ce qui limite la durée des échanges, mais nous envoie à une époque où le contenu devait se limiter au format.
Que ceux qui ont rangé depuis longtemps leur pick-up au garage, entre un 33t de Kim Carnes et un 45t de François Feldman (oui, c'est de toi que je parle, au fond), sachent qu'à l'achat des précieuses galettes, le site propose des liens LossLess. Mais quand même, ces vinyls... Des supports à la pochette neutre, où juste les noms sont notés, et qui évoque, -le contenu n'a pas la vocation du contenant...- les disques de musique électronique du début des années 90.
N'attendez pas de moi que je vante la prétendue qualité du vinyl sur le CD. Contrairement au MP3 où il est avéré qu'il applanit toute émotion avec l'abnégation d'un trader cocaïné, le vieux débat entre la chaleur supposée du vinyl et la froideur proclamée du CD me fait l'effet d'un cours de maths de quatrième.
Et j'ai toujours été une brelle en maths.
Au delà de la surprise, et de l'impression tout à fait puérile d'être un affreux privilégié qui tient dans sa main un exemplaire d'un enregistrement d'Alexandra Grimal en trio avec des invités, la première écoute de ces deux 45t subjugue. Enregistré au fameux Banff Center canadien bien connu de Kenny Wheeler, la saxophoniste s'entoure d'une base rythmique scandinave (Adrian Myhr à la contrebasse et Christian Skjødt à la batterie qui est également le patron de Tonometer) pour rencontrer des légendes de la musique improvisée. Deux de l'ICP Orchestra, Ab Baars à la clarinette et Michael Moore à l'alto sur le premier ; et rien moins qu'Oliver Lake sur le second.
Si You Had Me At Hello s'inscrit absolument dans une tradition Free assumée et même portée en étendard, les deux 45 t sont résolument différents. Le premier est très contemplatif : Baars et Moore construise un flot plein de quiétude soutenu par l'archet de Myhr, dans un "Waiting For Sunday" Face B (les meilleures, toujours !) où Alexandra apprivoise cette masse de silence à la manière dont elle le faisait dans Andromeda.
Le second 45t bleu électrique présente un jeu plus heurté, incandescent et urgent où le jeu de Skjødt se fait moins coloriste. La base rythmique est acrimonieuse et l'échange entre l'alto de Lake et le ténor de Grimal se fait survolté et volubile. "Mountain Emergency" porte bien son nom avec ses montées abruptes et ses soudains décrochements. Ces 45t sont de petits bijoux.
She Had Me At Hello ? Un peu avant même, en fait, je le concède...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

170-Curiosité-Turku