Didier Lasserre est un personnage. Un homme qu'il faut aller découvrir sur scène ou dans n'importe quel lieux qui sera celui de son choix : gallerie ou salon, lieu abandonné ou passant... Peu importe, tant que Didier Lasserre et sa batterie sont ensemble, les éléments autour d'eux deviennent une part de sa musique. Sa musique même, qu'il intègre dans son improvisation. Didier Lasserre était au dernier Jazz à Part Festival, et j'ai eu la chance de le photographier et de l'entendre.
Avec son comparse de toujours le contrebassiste Benjamin Duboc, d'abord, avec qui il enregistra un magnifique Pourtant les cimes de Arbres et avec qui il anime le groupe SNUS. Ce jour là, au concert, avec une batterie réduite à son plus simple appareil, il inventait sans cesse de nouvel sonorités, tout en tension et en attention.
Le lendemain, on retrouvait Didier seul avec ce même kit de batterie émacié offrir un solo dans des conditions difficiles (rue passante, présence d'enfant, etc.) en jouant de ces incidents.
Quand il joue, il nous semble que tous les sons alentours sont happés par ses percussions. Même le silence est un résonnement, un prolongement du fracas. Le solo de batterie est un exercice difficile, qui peut tourner à la démonstration faussement virtuose. Il y a peu de musiciens qui s'y lance avec succès, à l'instar de Gunter "Baby" Sommer. Lasserre est un architecte du solo qu'il bâtit sur le sable de la pulsation.
Didier Lasserre est l'un de ces improvisateurs aussi graphiste que musicien. Photographe peut-être, qui capte l'atmosphère dans un rythme. La lumière devient un heurt, et l'écriture est son écho. C'est ce qui en fait un musicien fascinant.
C'est tout le propos de La Mémoire, un album en forme de faire-part dédié à sa soeur et qui sonde les souvenirs. Faire s'exprimer une batterie, donner du corps au rythme peut sembler une gageure. Ce serait oublier que sans palpitation, il n'y a pas d'âme. C'est celle-ci que va chercher Lasserre, et on l'accompagne avec énormément d'émotion...
Dans un premier morceau long d'une vingtaine de minutes, Ce sont plusieurs sentiment qui traverse l'auditeur, auquel on doit conseiller d'écouter ce disque à plein volume. Dans les inflexions de la batterie, dans le souffle des cymbales et les oscillations de la caisse claire, il y a l'accord et le tumulte, l'attente et l'effusion, et parfois même un silence pesant où l'on attend le roulement à venir. L'expérience est un très beau chamboulement.

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