" Et la musique, alors, qu'en est il ?"
C'est, avant même d'enficher le dernier disque de Stephan Oliva pour le label (Illusions) de Philippe Ghielmetti, la question qui vient à la lecture de la citation de Godard qui orne le disque : "Je ne veux parler que de Cinéma. Pourquoi parler d'autre chose ? Avec le Cinéma on parle de tout, on arrive à tout."
Et la musique alors ? Elle est partout.
Omniprésente dans les films du maître suisse. Entêtante parfois... Comme l'écrit si bien le blog L'écran Musical, hélas délaissé depuis trop longtemps : "Jean-Luc Godard a mis un point d’honneur à attribuer une place de choix à la musique dans le canevas de ses films. Objectif : en faire une composante véritablement forte et essentielle de son cinéma."
Un Godard qui, comme souvent, se contredit à dessein, lui qui disait que "la musique aide à voir l'incroyable"...
C'est dans cet Incroyable que le pianiste s'immisce, dans l'abstraction des images, de ce cinéma dont il est passionné. Le cinéma de Godard a toujours convié de grands compositeurs de musique de Film, et à ce titre, les morceaux de cet album font rêver : Misraki, Legrand, Delerue... Et même Martial Solal pour la Suite de "A Bout de souffle" qu'Oliva joue de manière moins percussive que l'original, insistant plus sur le mouvement que sur la rugosité de ce formidable morceau.
Comme souvent chez Godard, les pistes sont brouillées, et dans Vaguement Godard, Oliva s'attache a conserver une forme de mystère qui alterne la sécheresse silencieuse des basses, comme dans "Sortir d'un mauvais rêve", libre commentaire précédent "Ferdinand" issu de Pierrot le Fou, et les fulgurances verbeuses comme "Valse triste", issu d'Alphaville. Ce morceau, lui aussi, tend vers une certaine sobriété où le silence n'est jamais loin.
Comme pour ses précédent disques ayant le cinéma pour sujet, Stephan Oliva construit une série de morceaux qui ne constitue pas seulement un hommage aux musiques de films, mais une déambulation narrative dans une série d'images, avec des commentaires, des déviations, des souvenirs... Les choix, pour une grande majorité du programme, de films des années 60 ne correspondent pas seulement à des critères esthétiques de la part du pianiste, mais aussi d'une période de cinéma où Godard travaillait beaucoup sa bande son, à coup de ciseau s'il le fallait.
C'est tout le sujet de Vaguement Godard, dont on sait les protagonistes trop amoureux de cinéma pour ne s'intéresser qu'au jeu de mot du titre. En préparant une libre digression sur les images de Godard, Oliva fait ce que Godard a fait de la musique à cette époque : un montage personnel qui s'attache parfois à des images fixes, et explore son contexte.
C'est le cas notamment du presque caressant et nostalgique "Portrait d'Anna Karina" qui ressemble à une petite déclaration d'amour à l'actrice. C'est le cas également de "Ouverture/Camille" qui reprend le célèbre thème de Delerue d'une manière plus tragique et déliée, presque déjà brisée, en accord avec la photo illustrative.
La force d'Oliva, c'est d'arriver à reconnecter tout ces films, toutes ces musiques pour en faire un tout cohérent. Comme un excellent montage. A ce titre, Vaguement Godard s'apparente plus à After Noir qu'à Lives of Bernard Hermann, par sa profusion d'auteurs différents. Un disque d'une grande élégance.

01-Oliva