On avait laissé Francis et ses peintres, le quartet du saxophoniste ténor François Ripoche en compagnie de Katerine dans un exercice aussi amusant qu'il pouvait être rigoureux et parfois impressionnant par ce qu'il savait faire de chansons particulièrement insupportables. Après La Paloma, où intervenait également Katerine, L'image de déconneurs capable de mettre du sérieux et des polyrythmies complexes au milieu de pochades collait à cette formation.
Elle n'est pas dégradante, même plutôt agréable, au fond cette image. Mais elle méritait d'être étoffé ; oui, Francis et ses peintres sont quatre musiciens capable d'arranger "Papayoulélé" de Carlos pour que les épices masquent le goût d'origine.
Mais ce sont surtout quatre musiciens exceptionnels dont le biotope est une musique sèche, acrimonieuse parfois où la batterie de Christophe Lavergne et la guitare de Gilles Coronado sont de remarquables boutefeux. Pour s'en convaincre, il suffit de plonger dans "Le roi Louis" et cette batterie touffue que découpe à la serpe la guitare comme la basse lourde de Fred Chiffoleau. Ce morceau est sans doute l'un des plus tendu et des plus remarquable de Francis et ses Peintres, le nouvel album du quartet.
Il ne faut pas se fier à la pochette naïve qui montre un Ripoche grossièrement dessiné dans la position de "La Sieste" de Van Gogh. Elle peut bien être peinturluré dans un style enfantin à chaque page du livret, au contraire de cette image, la musique que contient cet album n'a rien de naïf. Il est même au contraire d'une grande profondeur lorsque le saxophoniste pousse loin l'introspection ("Danova").
A chacun ses armes : certains peignent au couteau, d'autres au saxophone. C'est une chance, François Ripoche a choisi le ténor !
Francis et ses Peintres, Ripoche nous propose un album éponyme comme un recentrement. Membre de l'Orphicube et remarquable sur la Xmas Box, il y dépeind des instants, des anecdotes, des souvenirs, des sensations. Il propose des croquis dont il trace de larges esquisses de son timbre anguleux avant de laisser ses petits camarades encrer les lignes claires, teinter les reliefs et colorer l'ensemble.
Il y raconte notamment sa rencontre impromptue et quasi mutique, faute d'idiome commun, avec une Abbey Lincoln mélancolique dans le "Anna Maria Wooldrige" inaugural. On y retrouve l'élégance un peu triste de la chanteuse dans l'échange chaloupé de la base rythmique, les éclairs de ténor laisse place alors à une forme de douceur triste incarnée par la clarté de la contrebasse. C'est un portrait sur le vif, entre peinture et photographie au noir épais et au blanc duveteux.
On se plait à visiter en compagnie du saxophoniste des moments d'intimité qu'il nous détaille dans un bien agréable livret, comme cette "Valse à quatre temps" flambée au whisky. Elle provient d'un rêve improbable où un James Brown grasseyant, représenté par la guitare de Coronado viendrait chanter sur les platebandes d'un Brel lyrique et persistant, joué par le saxophone.
Ripoche vient du bal, comme beaucoup d'autres, une école pragmatique et qui apprend à merveille le rôle d'équilibriste. C'est ce qui ressort de ce bel album de souvenirs qui constitue à n'en pas douter l'album le plus personnel et le plus réussi de Francis et des Peintres à ce jour.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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