Chaque nouveau disque de la guitariste Mary Halvorson semble être un pas de plus, une marche supplémentaire vers une discographie complète, riche et sans anicroches d'aucune sorte.
Qu'elle fasse parler la poudre avec Weasel Walter ou qu'elle accompagne Anthony Braxton à la pointe de ses recherches, elle est déjà malgré son jeune âge une des musiciennes américaines les plus intéressante, avec un discours musical d'une grande richesse, et dont les limites sont loin d'être atteinte. En témoigne Illusionary Sea, son quatrième album en tant que leader et son premier à la tête d'un septet.
Il se raconte que le multianchiste de Chicago, dont Halvorson est sans doute, avec Taylor Ho Bynum, la musicienne la plus proche de lui dans la jeune génération (voir notamment son trio) exhorte depuis des années la guitariste de Boston à composer et diriger pour des grandes formations ; il semble entendu : après avoir proposé ses premières compositions en trio, puis en quintet (avec notamment le remarquable Saturn Signs dont nous n'avions pas parlé ici...), c'est donc avec un septet qu'elle aborde ce nouvel album. La formule ne change pas, elle s'enrichit.
Ses compositions numérotées ( mais de qui peut bien lui venir cette idée...) rencontrent toujours l'adhésion de sa formidable base rythmique composée du batteur Ches Smith et du contrebassiste John Hébert avec qui elle teste toutes les formes d'osmoses depuis le trio. Dans un morceau comme "Red Sky Still Sea (n°31)", le jeu très musical de Smith et le lyrisme boisé d'Hébert autour duquel s'enroule avec bonheur la guitare précise et cristalinne d'Halvorson est un écheveau indénouable autour duquel tous les soufflants viennent s'accrocher. 
Quant aux soufflants, On retrouve également la même équipe, agrémenté de deux nouvelles lames décisives. Outre le sax alto Jon Irabagon, on se plait à écouter le chaleureux Jonhatan Finlayson à la trompette, dont le jeu incisif fait ici des merveilles. Le comparse de Steve Coleman s'illustre principalement sur "Fourth Dimensional Confessions (n°41)" qui est certainement le morceau le plus intéressant de cet album. Par ce qu'il dit du travail de composition d'Halvorson d'abord, par l'amalgame progressif de chacun des membres de son orchestres dans des sortes de cercles concentriques, mais aussi par l'ouverture des possibles qu'offrent les deux nouveaux arrivants, a commencer par la très braxtonienne Ingrid Laubrock au sax ténor.
Halvorson et Laubrock sont des musiciennes qui aiment à travailler ensemble, notamment avec Braxton, évidemment, mais aussi dans le trio de Tom Rainey. Par moment, et notamment sur le très dur "Butterfly Orbit (n°32)", on pense à ce que Laubrock fait en quintet, avec Halvorson et Hébert, au sein de Anti-House. Les processus de composition sont d'ailleurs assez voisin, même si l'approche de la guitariste est plus heurté, plus direct, moins ouvragé.
Avec Crackleknob, Halvorson avait interrogé le silence, elle s'intéresse ici à la profusion, avec ce même goût de l'instant et cette remarquable approche microtonale de son instrument.
A ce titre, c'est sa rencontre avec le tromboniste Jacob Garchik qui signe vraiment la patte de cet Illusionary Sea. Dès "Illusionary Sea (n°33)" qui ouvre l'album, on trouve en lui comme un double de la guitariste, qui vient relier les soufflants à son jeu de guitare, mais peu aussi dynamiter l'ensemble et pousser Halvorson dans ses retranchements et dans un déluge d'électricité. Nul doute que la marche en avant d'Halvorson n'est pas prête d'être stoppée, et il nous tarde déjà d'entendre le travail qu'elle offrira a une grande formation. Mais ce septet, très équilibré et doté d'un enregistrement d'une rare qualité est une grande réussite.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

17-Garance