Voici des mois que sur mon clavier des phrases volent et se posent, s'effacent et s'oublient à propos de la politique culturelle en France depuis l'arrivée au pouvoir de la version en nougatine du modèle sarkozyste qui nous avait tant fait parler.
Le silence pourrait signifier un tarissement, voire une adhésion, mais il n'en est rien. Le silence tient plus de l'ébahissement. L'ébahissement est différent de la déception, car la déception induit qu'il y avait un espoir.
Et il ne faudrait pas croire qu'il y avait une once d'espoir dans le prisme gestionnaire, communicationnel et vaguement condescendant que nous promettait l'équipe en place. Il suffisait de lire les programmes et de se rappeler des époques précédentes : de l'apparition et des confettis. La vague impression de complaire au peuple en les enfermant dans des carcans préconçus qu'on bâti du dehors, comme on fait des murs pour se protéger. Sans vouloir déranger. En pétant de trouille dès qu'on approche du chéquier.
Pour une vraie politique de mécénat public et de défense des expressions de marge, il ne fallait rien attendre. On lira pour s'en convaincre cet édito de Mouvement.
Dans un monde où s'arrêter quelques secondes pour préciser une pensée est perçu comme une faiblesse qui empêche de balancer la pub à temps et où chaque tentative d'envisager le long terme est considéré comme une gabegie, mener une politique culturelle ambitieuse pour tous tient du devoir sur table pour élève de l'ENA. Un peu comme les problèmes de CM2 avec les robinets de baignoire : le truc qu'on a vaguement compris, qu'on sait poser en équation mais qui n'aura aucune application réelle autre que l'incantation électorale trois semaines tous les cinq ans.
Avec des petits-fours. Parce que c'est important le petit-four.
Ca donne un côté festif.
L'hébétude est ailleurs. Elle est dans ce désintérêt affiché presque sans gène, avec quelques gesticulations qui laissent croire qu'on ne renonce pas. Elle est dans ce transfert sans le dire aux collectivités territorales de la compétence culturelles sans moyens ni cohérence.  Elle est dans ce soft-power laissé aux marchands de soupe. Elle est surtout dans ce pas-de-deux avec le patronat qui laisse le champ libre à la haine de tout ce qui est jugé "improductif" au nom d'on ne sait quelle "responsabilité".
Avec le papier-bible et son chef, on avait vu se dessiner une haine absolue de tout ce qui est sensible, construit, réfléchi ou même savant ; le changement, maintenant, c'est que l'indifférence a fait place au mépris.
Pendant qu'on se fatigue à courir d'indignation en indignations avec nos pistolets à bouchons sans jamais rien construire de global, boutique par boutique parfois, en face, chez ceux qu'on connaît trop et qui ne voient dans la culture qu'une perpétuation de l'ordre quel qu'il soit et de la mise-au-pas de ce-qui-dépasse on l'a très bien compris.
C'est ainsi que des poignées d'excités viennent essayer de refaire Torquemada avec une carte de bibliothèque, que des champions de la droite qu'on-dit-modérée-dans-le-poste règlent de vieux comptes idéologiques avec la littérature jeunesse et que des capitaines d'industries plus ou moins délocalisées et parasites viennent tenter de mettre à mal le régime des intermittents, tant il représente une immixtion insupportable d'un mécénat égalitaire dans le monde des fondations paravents et d'un mainstream non plus présenté comme une norme, mais comme une règle.
Plantons le décor : nous voici donc, avec des menaces sur les livres de bibliothèques et les les programmations de spectacles ou de film, des politiques qui veulent décider ce qui est bien ou non pour les enfants à la place des parents et des pédagogues, et une tentative de coupe en règle du monde artistique fort de calculs fantaisistes et du pas-de-deux avec l'exécutif au nom de la sacro-sainte rigueur.
Et que se passe-t-il ? 
Rien.
Un peu d'émoi avant de zapper sur une autre histoire.
Et peut être un pin's.
Des gros yeux, comme ça pour dire. Des signaux contradictoires. Des abandons en rase-campagne. Comme un message subliminal qui dit que l'économie de Marché n'a même plus besoin de faire semblant. Et qu'elle a la ferme intention de rafler la mise sur la richesse produite par la culture, sans contreparties, là non plus. C'est la mode.
Parce qu'autant se le dire tout de suite, il n'est pas question de mettre à bas le statut des intermittents. Pas tout de suite. Les télés ont trop besoin de leur main d'oeuvre pour diffuser la bonne parole de la main invisible du marché sans entrave. Mais si on pouvait appuyer un peu plus fort sur la tête pour de 507 heures on passe à plus, si on pouvait coller une pression pour faire baisser les coûts tout en se montrant magnanime en conservant le statut, on y gagnerait franchement. Il est utile pour les patrons, ce statut : on met un petit chapeau à un serveur dans un mariage et le voilà intermittent. On engage un chauffeur dans un festival bardé de pub et de subventions et le voilà intermittent. Et puis on n'aura qu'à accuser les acoumasticiens et les violoncellistes de vivre au crochet du système, on a tellement préparé les gens à détester les artistes et à ne pas chercher à comprendre que ça passera à l'aise.
En fait, certains n'ont pas renié la lutte des classes.
C'est con, ce ne sont pas les bons.
Et il serait peut être temps qu'on s'y mette.

Et une photo qui n'a pas rien à voir, quand on y songe. Mais qui met un sacré baume au coeur...