S'il reste encore quelques fâcheux pour se persuader que nos musiques se limitent au cénacle cosy d'un lobby bar quelconque où un pianiste souriant et bien peigné joue pour des demi-obèse à cravate fluo qui claquent des doigts en fermant les yeux d'un sourire entendu, un seul conseil : mettez lui Brazilian Blowout, le nouvel album de Kouma.
Dans la tronche, c'est une évidence, mais également sur la platine ; la guitare baryton acrimonieuse de Damien Cluzel fera son office, à moins que ce ne soit les claviers vintage et bourré d'acide de Romain Dugelay. Si le cuistre ne saigne pas du nez en se demandant ce qui lui arrive, et quel est ce 16 tonnes qui vient de le frapper au plexus, finissez le à coup de chaussures de sécurité.
N'est-ce pas là le propos de « Casse-Brique », avec la batterie lourde de Léo Dumont qui vient porter les coups de la guitare contondante de Cluzel. Il est possible que la victime renaude. Glapisse un « c'est pas du jazz, d'abord » un peu misérable. Portez le coup de grâce avec le « EVTEV » inaugural ou le ricanement du sax baryton de Dugely, anguleux et minéral vient donner du corps vaux riffs et au brisures de ce Power Trio versatile.
Il serait temps de se faire respecter.
Evidemment que non, ce n'est pas du jazz, ce Brazilian Blowout aux brisures zappaïennes remplies de métal. Et c'est bien ce qui est intéressant. Ce que c'est on ne le sait pas. Mais il faudrait être bien prude pour se poser la question pendant la lente excavation de la masse orchestrale que la guitare baryton entame sur « Nevada Breakdown » pour faire jaillir un magma fébrile, instable et diablement réjouissant.
Ce que l'on constate, c'est que le saxophoniste Romain Dugelay, pilier de Bigre et membre du trio free RYR y dessine une esthétique furieusement cohérente et pas très éloigné de ce que le trio proposait en plus grande formation avec l'excellent Polymorphie. Kouma en est une version plus radicale et plus émaciée, mais elle visite les mêmes profondeurs et la même noirceur. Ecoutons l'inexorable mouvement de « Pound Zero » qui se construit sur un riff dévastateur de Damien Cluzel et sur lequel le baryton s'époumone. Le bruit blanc comme socle inamovible, comme base de repli pour mieux repartir à l'assaut. Brazilian Blowout est un cocktail incandescent et presque anonyme, lancé sans indication sur la pochette des musiciens ou de leurs instruments.
Tropisme volontairement rock pour une musique qui ne l'est pas complétement.
Hardcore en eaux troubles...
Sorti sur le label Carton et soutenu par le Grolektif dont Kouma est membre, le trio témoigne d'une tendance lourde dans le jazz des jeunes collectif hexagonaux. Celui d'une musique libre, sans contrainte stylistique qui a su amalgamer tant d'influences qu'elle tonitrue en liberté dans des champs à défricher sans rien perdre de vue ni se renier. Brazilian Blowout est un disque nerveux, émacié, sec comme un coup de bâton et absolument réjouissant. Si le fâcheux de tout à l'heure ne tressaute pas en votre compagnie sur les coups de boutoirs de « Brazilian Blowout », aidez-le un peu.
Les hématomes n'empêchent pas de danser, que diable !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

28-Chaussures