Il est des disques comme ça qui se prêtent exactement à l'air du temps. A la saison. A la langueur qui vous prend lorsque vient le temps chaud. Un disque qui évoque le soleil, la plage, la clairière, le calme. Un disque qui sent le tilleul et la garenne.
Un disque de saison.
Ce qui différencie le disque de saison du disque saisonnier, c'est sa péremption.
Le disque saisonnier braille au camping ou se pousse dans les bouchons. Le disque de saison évoque une atmosphère.
Comme il apparaît peu probable qu'un jour nous évoquions un jour en ces pages les scies insanes des garçons de plage ruisselants d'huile solaire, c'est bien à la seconde catégorie qu'appartient [Quiet], le premier album d'un bien étonnant trio aux allures chambristes.
Il regroupe le clavièriste Cédric Piromalli, ici au Fender Rhodes, le clarinettiste de l'X-Tet de Bruno Regnier Olivier Thémines et le guitariste Antoine Polin, qui a souvent collaboré avec Piromalli ; un attelage étonnant pour un disque placide enregistré au Petit Faucheux de Tours qui a toujours soutenu les trois musiciens dans leurs divers projets.
[Quiet] est un disque qui sort chez Yolk, où Piromalli avait déjà enregistré un album solo autour de Monk. C'est un album court et sucré qui porte à la rêverie. Un album très intime aussi, qui fait parfois penser au Temps Mosaïque de Thérain, dans un ton plus pastel, moins contrasté.
L'échange onirique qu'il mène avec Thémines au coeur de "La Pierre rouge", où le timbre légèrement trainant de la clarinette se marie à merveille avec une électricité voluptueuse et chaleureuse, mais jamais envahissante.
Le propos du trio est pourvoyeur d'image, avec une approche cinématique indéniable, elle aussi très colorée. Dans un morceau comme "The Line Rider", compo de Piromalli, on songerai presque à une atmosphère à la Tati, entre douceur et nostalgie. De même sur "Amati's Choice", compo de Polin qui débute sur un ostinato lancinant du Fender et fait penser aux atmosphères loufoques de Blake Edwards. Thémines, qui est le liant de ce trio est un habitué de l'image et du théâtre, et cette atmosphère lui est familière, jusq'au Burlesque nerveux ("John Doe") ou au contraire à la mélancolie cotonneuse ("Grimmstrasse").
On avait beaucoup apprécié ici l'album Miniatures d'Olivier Thémines qui était sorti chez Yolk il y a quelques années, avec un trio aux timbres étonnants ; on retrouve ici, dans un morceau comme "Causses" qui ouvre l'album des racines identiques. Les morceaux sont courts, parfois presque étiques, mais imprègnent durablement une atmosphère pleine de nonchalance. Ici, la guitare évolue d'accords en accords avec lenteur, suivant le Rhodes de Piromalli dont les caresses font presque songer à la frappe de métal d'un glockenspiel.
Nul besoin d'en faire plus, le décor est planté.
On retrouve également cette installation en peu de notes dans "Barn Big", petite course folâtre qui évoque le vol erratique d'un papillon au coeur des hautes herbes. On y est bien dans cet album court et sans prétention qui se déguste comme une cerise gourmande et gorgée de soleil.
Si c'est de la musique de Chambre, celle-ci est avec vue. Elle donne sur une terrasse plombée de soleil. On s'y étend, les jambes prètes à griller. Avec une orangeade, non loin.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

 

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